A Wall Street, comme à Paris, les financiers n’ont qu’un seul sujet de conversation : l’affaire GameStop.

Un magasin "GameStop" à New-York, en 2019
Un magasin "GameStop" à New-York, en 2019 © AFP / SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images

GameStop, c’est le nom d’un groupe de boutiques de jeux vidéos. En France, c’est le propriétaire de Micromania. C’est devenu en quelques jours le symbole du dérèglement de la finance…  C’est aussi le symbole d’une revanche, celle des petits porteurs qui, en utilisant habilement  les réseaux sociaux, ont donné une leçon cuisante aux gros bonnets de la finance, ceux qui pratiquent la vente à découvert. 

Qu’est-ce que c'est, la vente à découvert ?

C’est une stratégie que l’on met en place quand on pense que le cours d’une action va baisser. On emprunte les titres à quelqu’un qui les possède. On les vend. On attend que le cours s’effondre et ensuite on les rachète pas cher pour les rendre à leur propriétaire. 

Ceux qui font cela sont généralement des fonds spéculatifs, les hedge funds. Ils ont des milliards de dollars à leur actif. Et ils ont une combine pour gagner à tous les coups : ils publient une note dans laquelle ils annoncent ce qu’ils font et surtout dans laquelle ils insistent sur tous les défauts de l’entreprise dont ils veulent faire baisser l’action. 

Et c’est ce qu’ils ont fait sur GameStop ? 

Exactement. Il y a de moins en moins de clients dans les magasins de jeux vidéos, ils pensaient donc que la société (autour de 2 milliards d’euros) était surévaluée et qu’il y avait de l’argent à gagner en pariant sur ses déboires futurs. Mais ce scénario a déraillé quand des fans de jeux vidéos, qui associent GameStop à leur adolescence, se sont dit qu’il fallait sauver la marque. Or cette génération - on parle d’hommes entre 20 et 40 ans- est devenue très active en Bourse pendant le confinement.

Ils s’échangent des tuyaux via le réseau social Reddit. Et ils ont décidé de mettre les fonds de Wall Street en échec, en achetant des actions GameStop et en faisant flamber le cours qui a été multiplié par cent. En gros ils ont fait passer la valeur de l’entreprise de 200 millions à 20 milliards, ce qui a ruiné les fonds qui spéculaient sur la baisse du titre.  

C’est une belle revanche, non ? Une bonne leçon pour ces fonds spéculatifs qui déstabilisent les entreprises. 

C’est surtout le signe que la Bourse est devenue un casino géant, sans règle. On peut faire plonger une action, en la vendant à découvert et accélérer la chute d’une entreprise. Ou bien on peut provoquer une bulle, injustifiée, en se passant le mot sur les réseaux sociaux. 

La Bourse, dont les régulateurs semblent dépassés, est une boussole complètement déréglée qui ne permet plus vraiment de donner une valeur aux entreprises ou de les comparer entre elles. 

C’est inquiétant pour les salariés actionnaires. Et il ne faut donc pas s’étonner que beaucoup de sociétés fassent le choix d’en sortir, comme l’a fait récemment Patrick Drahi, le patron d’Altice, la maison-mère de SFR.