Le lundi de Pentecôte devait être travaillé à partir de 2004 par solidarité avec les plus anciens. Mais dès 2008, il est redevenu un jour férié comme les autres. Que reste-t-il de cette réforme ratée ? Un impôt de 0,3% de la masse salariale ou des retraites et un débat impossible sur une nouvelle journée de solidarité.

Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le 04/09/03 sur le plateau de TF1, il a déclaré avoir éprouvé des "douleurs profondes", des "regrets" et "aussi des colères", à propos du drame de la canicule
Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le 04/09/03 sur le plateau de TF1, il a déclaré avoir éprouvé des "douleurs profondes", des "regrets" et "aussi des colères", à propos du drame de la canicule © AFP / MEHDI FEDOUACH

Ce fiasco permet à beaucoup de nos auditeurs de rester sous la couette ce matin, puisque seulement un petit tiers des salariés travaillent aujourd’hui. Pour eux, c’est donc un mal pour un bien.

Mais quand même ! on a rarement vu une réforme aussi ratée, et pas seulement par la faute du premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin.

Souvenez-vous. À l’été 2003, la canicule avait entraîné la mort de 15 000 personnes. 15 000. On a alors pris conscience qu’on avait besoin de plus de  moyens pour s’occuper de nos aînés. Le gouvernement a donc proposé que les salariés travaillent le lundi de Pentecôte, sans être payés ce jour-là, et que l’argent de leur salaire soit versé par les entreprises à une Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Les syndicats étaient vent debout contre cette réforme et dès la première année, pour acheter la paix, Jacques Chirac, qui était président de la République, a décidé que les bureaux de Postes, les mairies et les écoles resteraient fermés... Il a aussi été décidé que les camions ne rouleraient pas…

Comme il n’est pas facile de travailler quand il n’y a pas école, plusieurs grands groupes ont décidé très vite de payer la contribution sans demander à leurs salariés de travailler plus. D’autres ont retiré une journée de RTT et maintenu le lundi de Pentecôte chômé. En 2008, finalement, il est finalement redevenu un jour férié comme un autre.

Ce qui est resté en revanche, et qui a fonctionné, c’est que les employeurs versent à la Caisse de solidarité 0,3% de leur masse salariale annuelle. Cela représente 3 milliards d’euros. On a aussi mis les retraités à contribution par une taxe à partir de 2013.

Quelle leçon tirez-vous de ce fiasco ?

Une réforme ratée, c’est souvent très inéquitable : aujourd’hui certains travaillent sans être payés, d’autres passent entre les mailles du filet.

Ensuite, une réforme ratée, cela tue pour longtemps toutes les autres. Début mai, l’Institut Montaigne a évoqué l’idée de supprimer le jeudi de l’Ascension pour relancer l’activité, après le confinement. L’idée, timidement reprise par le Medef, n’a même pas fait débat.

On pourrait aussi se dire que supprimer un jour férié serait un bon moyen de financer les hausses de salaires à l’hôpital ou un grand plan dépendance, sans hausse d’impôts.

Mais personne n’a envie d'en parler. La réalité, c’est que le fiasco du lundi de Pentecôte a, pour l'instant, sauvé tous les jours fériés de mai. 

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