Fin mai, l’Insee a corrigé à la baisse, assez fortement d’ailleurs, la première prévision de croissance qu’elle avait donnée pour le premier trimestre. Le gouvernement a juré qu’il ne fallait pas s’inquiéter, mais vous vouliez revenir sur ce chiffre.

"Quand le bâtiment va, tout va ! " Alors justement, où en est-on ?
"Quand le bâtiment va, tout va ! " Alors justement, où en est-on ? © Getty / SEAN GLADWELL

La révision concerne surtout un secteur: celui de la construction. Et j’y ai vu une alerte rouge, car vous connaissez l’adage, en économie, on dit : “quand le bâtiment va, tout va”

Surtout, à la fin de l’année dernière, les spécialistes des défaillances d’entreprise - comme le cabinet Altares - citaient souvent le secteur de la construction, un secteur qui compte beaucoup de très petites entreprises, comme l’un des plus exposés au risque de faillite, au même titre que la restauration ou le commerce non alimentaire. 

Or ce secteur est un gros pourvoyeur d’emplois en France: 1 million 2. Et il doit être un des fers de lance de la relance, tiré par le dispositif ma Prime Renov, qui marche bien, ou par le grand plan de rénovation des bâtiments publics.

Qu’est-ce qui se passe alors ? 

Il faut distinguer deux secteurs dans le bâtiment. La construction neuve, celle qui a besoin de permis de construire, et la construction courante, les travaux sans permis. La deuxième - qui comprend la rénovation énergétique - va très bien. C’est donc le neuf qui explique la correction de l’Insee. 

Il y a moins de mises en chantier tout simplement parce que les élections municipales ont été retardées par le premier confinement, que les nouveaux maires ont dû prendre leur marques et qu’ils ne sont pas très bâtisseurs. 

Au premier trimestre, un autre phénomène a aussi commencé à perturber le secteur:  la hausse des prix des matériaux et les difficultés d’approvisionnement. 

Ça retarde les chantiers ? 

Oui et ça augmente les coûts. Denis Ferrand, directeur de l’institut Rexecode, note que depuis un an l’indice du coût de la construction est en hausse de 3%, mais que, si on zoom sur les trois derniers mois connus, la hausse est de 7% et peut aller jusqu’à 11% sur les ossatures métalliques. 

Cela va réduire les marges des entreprises du bâtiment, avant qu’elles ne réussissent à répercuter les hausses sur leurs clients.

Or certaines structures ont besoin de gagner plus pour rembourser les prêts garantis par l’Etat. C’est donc un secteur à surveiller, même s’il a créé 30 000 emplois en début d’année.