Depuis le 1er juillet 2018, la Suisse a mis en œuvre la préférence nationale à l’embauche. Mais le système a déjà des conséquences étonnantes.

Il n’y a pas qu’en Italie ou en Hongrie que règnent les populistes. En Suisse aussi. La preuve avec cette votation contre « l’immigration de masse », gagnée en 2014 par l’UDC, l’équivalent helvétique du Front National. Quatre ans plus tard, le Parlement vient donc de mettre en œuvre cette fameuse préférence nationale :  Un comble dans un pays où le taux de chômage est inférieur à 3% et qui souffre de pénurie de main d’œuvre.

Désormais en Suisse si vous voulez recruter un ouvrier de chantier ou une femme de ménage, vous devrez réserver le poste pendant 5 jours à un autochtone

Une obligation qui touche tous les métiers où le taux de chômage dépasse 8% et ce seuil sera abaissé à 5% en 2020. Si vous passez outre l’obligation, c’est 35.000 euros d’amende. Dans le viseur des ultra-nationalistes suisses : les 320.000 frontaliers pour la moitié français qui y travaillent dans le pays. Le souci, c’est que le système a viré au cauchemar pour les entreprises. Les patrons s’arrachent les cheveux pour savoir quels sont les métiers concernés. Les autorités ont sorti une liste assez ancienne de quelque 300 métiers. Certains n’existent plus, d’autres, très recherchés, liés par exemple à la net économie, n’y figurent pas. D’autres enfin font l’objet d’une définition tellement floue qu’elle ne veut rien dire.  Ajoutez à cela la lourdeur administrative du système Et vous comprendrez que les chefs d’entreprises soient au bord de la crise de nerfs. Mais le vrai problème est ailleurs.  

Cette préférence nationale, chère chez nous à Marine Le Pen, est contraire aux accords de libre circulation signés par la Suisse avec l’Europe

Qui, en guise de rétorsion, veut obliger les entreprises suisses à payer les allocations chômages des frontaliers qui étaient jusqu’ici indemnisés par leur pays d’origine. Et les relations sont en train de se tendre sérieusement entre Berne et Bruxelles. Or, l’économie helvétique est très dépendante de ses échanges avec la zone euro. Pour se protéger en cas de guerre commerciale – on en est pas là – des entreprises suisses se délocalisent en France où, en plus, la main d’œuvre est moins cher. Dernier exemple en date : un groupe aéronautique baptisé Genius va créer 200 emplois à Vesoul. Et voilà comment la préférence nationale en Suisse créé des emplois en France

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