La mobilisation s’annonce massive, jeudi, pour la journée de grève contre la réforme des retraites.Tellement massive qu'elle réveille le souvenir des grèves de décembre 1995...

Manifestation dans Paris le 12 mars 1995
Manifestation dans Paris le 12 mars 1995 © AFP / Eric Feferberg

Parce que 1995, pour le pouvoir, c’est le traumatisme absolu, le scénario à éviter à tout prix. Et parce qu’à l’inverse, pour la plupart des syndicats, 1995 c’est le modèle à rééditer : réussir à faire reculer le gouvernement. Le pays était resté paralysé un mois pour protester contre le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale. Des transports gelés, des services publics à l’arrêt, 2 millions de manifestants dans les rues... Du jamais vu depuis mai 1968. 

Entre 1995 et aujourd’hui, 24 ans se sont écoulés, mais il y a des ressemblances frappantes... Oui, et pas seulement parce qu’Edouard Philippe a longtemps eu pour parrain en politique un certain Alain Juppé. Autre ressemblance, le contexte explosif à la SNCF : il y a vingt-quatre ans, c’était la négociation d’un nouveau contrat avec l’Etat, cette fois c’est un nouveau patron et un nouveau statut. Et puis surtout, on retrouve les mêmes cafouillages gouvernementaux : en 1995, Juppé voulait d’abord réformer l’assurance maladie, avant de s’attaquer à la dernière minute aux régimes spéciaux de retraite. Et c’est cet ajout qui a tout fait exploser.  

Cette fois, la volonté première du gouvernement, c’est de fusionner les 42 régimes de retraite existants en un seul. Mais à côté de cela, il y a aussi la tentation encore floue d’allonger la durée du travail. Un ajout dans la dernière ligne droite, donc, comme en 1995... 

Il y a quand même une différence majeure. En 1995, Jacques Chirac avait été élu sur le thème de “la fracture sociale”. Alors que le régime de retraite unique figurait dans le programme du candidat Macron… En 1995, la rupture avec les promesses de campagne avait été totale. Un contre-pied justifié, à l’époque, par des finances publiques calamiteuses - c’était le mot de Juppé. Et c’est un parallèle de plus avec la situation d’aujourd’hui : si le gouvernement a la tentation d’allonger la durée du travail, c’est là encore en raison des déficits qui s’annoncent.  Une équation financière que contestent les syndicats, à commencer par la CFDT. Le premier syndicat de France est d’ailleurs prêt à soutenir la réforme initiale, le régime de retraite unique, mais surement pas le reste. Exactement comme en… 1995.  Mais attention à ne pas aller trop loin dans la comparaison. Quand on interroge les acteurs des grandes grèves de 1995, tous disent la même chose : que cette grogne était imprévisible ; et qu’il n’est jamais possible de prédire à l’avance l’ampleur d’un mouvement social.   

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