Le Fonds monétaire International (FMI) a publié dans sa revue "The Digital Future" un article de l’économiste Daron Acemoglu. Dans l'économie post-Covid, il appelle les gouvernements à se méfier de l'automatisation et de l'intelligence artificielle, effets de mode.

Le FMI l'affirme : méfions-nous des robots et surtout des logiciels
Le FMI l'affirme : méfions-nous des robots et surtout des logiciels © Getty / Monty Rakusen

Daron Acemoglu est professeur au MIT près de Boston. C’est un proche de Philippe Aghion, professeur au Collège de France. Comme lui, il n’a absolument rien contre le progrès technologique. Au contraire. 

Or, dans le dernier numéro de la revue du FMI The Digital Future, "L’avenir numérique", il fait une recommandation inattendue aux gouvernements dans leur réflexion sur l’économie post-Covid. 

Il leur conseille de surveiller l’automatisation dans les entreprises et de la tenir, je le cite, "rênes courtes". Pour lui, il ne faut pas l’encourager sur le plan fiscal, car ce n’est pas toujours un bien pour nos économies. 

Remplacer les caissiers et vendeurs

Vous voulez dire que les entreprises devraient à l’avenir réfléchir à deux fois avant de remplacer les caissiers et caissières par des machines et les vendeurs et vendeuses par des tablettes ou des assistants vocaux ? 

Exactement. L’économiste est bien conscient que l’effet du Covid est plutôt inverse : on est tenté de remplacer les humains par des robots ou des logiciels qui ne tombent pas malades...

L’habitude prise de faire ses courses via Internet pousse au développement d’algorithmes de recommandation en ligne qui remplacent les vendeurs traditionnels, par exemple… 

Mais Daron Acemoglu demande aux entreprises de bien calculer. La machine ou le logiciel va-t-il vraiment leur permettre d’économiser tant d’argent que cela, compte tenu du montant de l’investissement ? Va-t-il amener des commandes en plus ? N’est-ce pas plutôt une mode qui peut se révéler pénalisante pour l'économie ? 

Pourquoi pénalisante ? 

L’économiste distingue deux périodes dans la robotisation: l’après-guerre, de 1947 à 1987, pendant laquelle l’automatisation a accru la production. Il fallait moins d’ouvriers mais beaucoup plus de vendeurs pour écouler les produits, donc au final pas de destruction d’emplois. Et il y a la période récente, 1987-2017 : l’automatisation sert alors surtout à remplacer les hommes par des machines et détruit des emplois. 

Et là le bilan est négatif : pas vraiment de gains de productivité, donc pas de croissance, et les emplois que l’on détruit coûtent cher, en chômage et en creusement des inégalités

Alors pourquoi continue-t-on ? Acemoglu émet une hypothèse : celle de la domination d’Amazon, Google, Facebook ou Alibaba, dont le modèle repose sur des algorithmes ou les fameux entrepôts robotisés. Tout le monde les imite. Or dans beaucoup de métiers, c’est l’alliance homme-machine qui reste la plus productive et toujours la plus efficace face aux situations complexes. Et pas besoin d’aller chercher très loin… Essayez juste de changer un billet de train en ce moment avec l’application ou le chatbot SNCF. Vous verrez, on a besoin de l’humain.Merci au FMI de le dire ! 

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