Un peu d'économie-fiction… Et si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters ? Et si les trois frères Lehman, qui ont créé la banque portant leur nom, avaient été trois sœurs ? Est ce-que Lehman Sisters aurait connu le même destin que Lehman Brothers ?

Des traders de la City à Londres en 2011
Des traders de la City à Londres en 2011 © Maxppp / ANDY RAIN

Est-ce que la banque d’affaires aurait pris les mêmes risques inconsidérés, jusqu’à exploser en 2008 et faire tomber le monde dans la pire crise depuis 1929 ? 

Voilà la question que je me suis posé en lisant l’étude que viennent de réaliser deux chercheuses de la Cass business School, à Londres. Ces deux économistes ont disséqué l’historique de 83 banques européennes depuis 2007 et relevé les infractions qu’elles ont pu commettre - blanchiment, fraude fiscale, manipulations de marché, défauts de surveillance... 

Ces deux chercheuses en ont conclu que les banques ayant davantage de femmes dans leur conseil d’administration avaient été moins condamnées que les autres

Et avaient donc payé moins d’amendes. 

Selon les auteures de l’étude, les dirigeantes auraient tendance à davantage penser aux conséquences à long terme de leurs décisions. Elles prennent donc moins de risque et respectent mieux les règles. Pas par éthique. Mais parce qu’en cas de problème, selon les deux chercheuses, les femmes seraient plus facilement virées de l’entreprise que les hommes. Et en plus, elles auraient aussi plus de difficulté ensuite à retrouver un travail.

Voilà qui devrait pousser les grands groupes à se féminiser. Pourtant, c’est un monde encore très masculin

Pour les conseils d’administration, la loi oblige les grands groupes français à avoir 40% de femmes depuis 2017. Mais pour les comités exécutifs, là où se gère l’entreprise au quotidien, là où se trouve réellement le pouvoir, on est à des années lumières de la parité : ces cénacles ne comptent que 17% de femmes. Et plus on monte dans la hiérarchie, moins les femmes sont présentes. D’ailleurs, le CAC 40 ne compte qu’une femme patronne : Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, ces jours-ci sur un siège éjectable.

Le sujet est devenu si sensible que le gouvernement réfléchit actuellement à des quotas pour les comités exécutifs, comme ceux déjà instaurés pour les conseils d’administration. Et en face, le patronat se bat pour éviter ces quotas mais jure que les grands groupes vont tendre vers la parité par eux-mêmes, à leur rythme.

Ah, au fait, j’allais oublier. Lehman Brothers comptait bien une femme dans son état-major juste avant sa faillite. Le directeur financier était une directrice financière. Et elle répétait à longueur d’interview, promis juré, que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et que Lehman était en pleine forme. On connaît la suite... Mais peut-être était-ce juste l’exception qui confirme la règle.

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