Le laboratoire américain Pfizer a révélé hier combien d’argent il allait gagner grâce au vaccin contre le Covid. Les sommes sont impressionnantes. Surprofit ou bénéfice bien mérité pour un exploit scientifique ?

Vaccin Pfizer
Vaccin Pfizer © AFP

Regardons les chiffres. Avec ce vaccin, en l’état actuel des contrats, Pfizer (90 000 salariés) table sur un chiffre d’affaires supplémentaire de 15 milliards de dollars - 12,5 milliards d’euros. C’est une augmentation d’un tiers. C’est beaucoup. 

Face à cela, il a des coûts (essais cliniques, fabrication, logistique…), que les aides publiques ne couvrent pas en totalité. Et il y a un partage des bénéfices à 50/50 avec BioNtech, la start up de biotechnologie allemande (1400 salariés) qui a mis au point le vaccin. 

Alors in fine que reste-t-il à Pfizer ? Une coquette somme de 4 milliards de dollars, plus de trois milliards d’euros, c’est-à-dire une marge de 25% à 30% avant impôt. 

Est-ce que cette marge est justifiée, compte tenu du fait que les pouvoirs publics ont financé la recherche ou des pré-commandes ? 

25 à 30%, c’est un profit moyen pour l’industrie. Si on juge acceptables les standards du secteur, on peut donc dire que ce n’est pas un “surprofit”. D’autant qu’il y a un exploit  scientifique derrière ce vaccin, qui n’a pas été à la portée de tout le monde. 

Cela dit, on n’a pas beaucoup de détails sur le mode de calcul de cette marge. Donc il faut rester vigilant. 

On peut se poser une autre question : comme les grands groupes font moins de recherche en interne et que les risques sont pris par des start up comme BioNTech, est-il normal que les “Big pharmas” se rémunèrent autant ? Les biotech ou les universités ne devraient-elles pas avoir une plus grosse part ? 

On peut surtout se demander s’il ne serait pas plus logique et humain que ces vaccins soient un bien commun, accessible à prix coûtant tout simplement ? 

Que le vaccin soit vendu à prix coûtant c’est la condition que les chercheurs d’Oxford ont posée pour travailler avec AstraZeneca par exemple. Le labo l’a acceptée peut-être parce qu’il a un bénéfice caché : il s’ouvre un marché dans lequel il n’était pas. 

Faut-il aller plus loin et faire des vaccins un bien commun, les nationaliser en quelque sorte ? C’est une option soutenue dans une pétition signée cet automne par 19 prix Nobel notamment. Mais certains économistes, comme Elie Cohen, y sont réticents car ils constatent que la propriété intellectuelle, le bénéfice du brevet, est un puissant stimulant pour les innovateurs. 

C’est donc un beau débat. Les brevets, la propriété intellectuelle n’empêchent pas d’avoir des clauses dérogatoires pour donner l’accès au brevet aux pays les plus pauvres, à prix accessibles pour eux. C’est d’ailleurs prévu par les accords de l’OMC. Mais pour qu’un pays demande cette licence obligatoire, encore faut-il qu’il puisse fabriquer ou faire fabriquer ce vaccin qui utilise une nouvelle technologie. Or c’est compliqué, c’est là qu’est le goulot d’étranglement. 

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