Aux yeux de pas mal de commentateurs, ils appartiennent à une France oubliée face à la France des métropoles.

Cette analyse tient-elle la route ?

Si on en croit les éditorialistes et les responsables politiques, la France est coupée en deux. Il y a d’un côté les métropoles dynamiques qui créent de l’emploi, de l’autre les territoires périphériques en difficulté. Les bobos des grandes villes contre les pauvres des banlieues, des villes moyennes et des campagnes.  Cette grille de lecture a été popularisée par le géographe Christophe Guilluy qui était invité sur France Inter la semaine dernière. Elle a même été reprise par… Pamela Anderson. L’actrice américaine a commenté hier sur Twitter la crise des Gilets jaunes : elle y voit, je cite « la montée des tensions entre l'élite des métropoles et la pauvreté des zones rurales ». Le problème, Pamela, c’est que cette vision binaire ne tient pas la route.

Qu’est-ce qui cloche dans cette analyse ?

D’abord, si on regarde d’où est parti le mouvement, on s’aperçoit que ses initiateurs sont pour la plupart originaires de l’agglomération parisienne. C’est logique : les franciliens sont particulièrement touchés par la hausse du carburant : ils passent en moyenne 75 minutes par jour dans leur voiture, contre 45 minutes pour les habitants des zones rurales. 

Et puis il faut sortir des clichés sur la France périurbaine : les espaces autour des villes ne sont pas une zone de relégation. Loin de là. On y crée aujourd’hui plus d’emplois que dans les villes elles-mêmes. On y trouve aussi une grande diversité sociale : des chefs d’entreprises, des commerçants, des fonctionnaires ou des ouvriers attirés par le faible prix du foncier ou un cadre de vie paisible. Contrairement aux idées reçues, on y trouve peu de pauvres. Parce qu’ils vivent plutôt à l’intérieur même des villes, le long du périphérique à Paris par exemple ou dans les quartiers insalubres de Marseille.

Les Gilets jaunes, ce n'est pas la France de la misère...

A la racine du mouvement il y a plutôt la colère d’une France qui a peur de décrocher. Celle des moins bien lotis des classes moyennes et des mieux lotis des classes populaires. Ils sont plutôt bien intégrés économiquement, mais ils ont des fins de mois ric rac, parce que leurs revenus stagnent. Et ils s’inquiètent pour l’avenir, parce que la mondialisation et la numérisation de l’économie menacent leur emploi.  Au-delà de leurs revendications multiples et parfois contradictoires, ce qu’attendent les Gilets jaunes, c’est qu’on leur garantisse qu’une ascension sociale reste possible, pour eux et leurs enfants. Et ça sera plus compliqué que de baisser la taxation sur le diesel.

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