Le gouvernement a cédé sur certains points face aux gilets jaunes. Mais sur la suppression de l’ISF, il n’a pas bougé

Et pourtant, le mal est fait ?

Tout d’abord vous demander un petit effort d’imagination : mettez-vous dans la peau d’un exilé fiscal. Vous êtes au bord du lac Léman. C’est beau, c’est calme. Mais voilà, vous en avez un peu assez de l’appenzeller… En somme, vous avez le mal du pays. Il y a quelques jours encore, vous vous disiez que vous pourriez revenir en France puisque l’ISF y a disparu. 

Et puis patatras. Gilets jaunes, contestation sociale, tempête politique… tout à coup, la suppression de l’ISF ne paraît plus aussi définitive que vous le pensiez. Et donc, si vous êtes un exilé fiscal, vous vous dites qu’il est urgent d’attendre avant de faire vos bagages pour rentrer en France. Dans votre cas – imaginaire bien sûr – il n’a pas été nécessaire de revenir sur la réforme pour que vous agissiez comme si c’était le cas.

Et donc quelles sont les conséquences économiques ?

Le résultat économique de la séquence actuelle, c’est que la seule incertitude créée par la polémique peut suffire à réduire les effets de la réforme. Le gouvernement avait dit qu’il ferait une évaluation de la suppression de l’ISF en 2020. Aujourd’hui, certains députés de la République en Marche, pour calmer la grogne, veulent commencer l’évaluation tout de suite. Eh bien on peut faire le pari dans ces conditions que le résultat de l’évaluation risque de ne pas être bon. Le sujet n’est d’ailleurs même pas celui de l’ISF : c’est celui de la visibilité fiscale qui avait été promise sur la totalité du quinquennat et qui semble déjà compromise.

Evaluer l’efficacité d’une mesure, cela paraît pourtant être de bon sens

Oui, mais pas maintenant, pas déjà ! Quel est finalement le problème ? C’est celui du temps. Il faut un temps d’incubation aux agents économiques pour assimiler les réformes, s’en saisir. Cela vaut pour la fiscalité, mais cela vaut aussi pour la réforme du droit de travail, celle de l’apprentissage ou encore celle de la formation professionnelle.

Il y a aussi le temps du processus institutionnel. C’est long la fabrication de la politique ! Prenez l’exemple de la loi Pacte. Elle a été adoptée à la rentrée en première lecture par l’Assemblée nationale, mais elle n’y reviendra qu’au printemps, au mieux.

Donc, entre l’idée et les décrets d’application, il se sera passé deux ans, deux ans et demi. Alors, les députés essaient tout de même de mobiliser dès maintenant les chefs d’entreprise sur les mesures de cette loi avec un #SAVPacte. Sauf qu’en l’occurrence, ce SAV, ce n’est pas un service après vente, c’est un service avant vote.

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