La culture, ce n’est pas seulement un plaisir, un art de vivre, un patrimoine, c’est aussi un secteur économique à part entière, qui pèse autant que l'agro-alimentaire. Mais il est très morcelé, précaire et dépendant de l'argent public, des entreprises mécènes et des milliardaires.

Il pèse 2 points et demi de PIB, 2,3% de la richesse nationale. C’est autant que  l’agro-alimentaire par exemple et plus que l’automobile.

On peut aussi gonfler ces chiffres si l’on considère que la culture est un des moteurs du tourisme (7% de notre économie). De fait, en 2018, 52 millions de touristes ont fait au moins une activité culturelle pendant leur séjour en France, comme la visite d’un musée ou le plaisir d’un concert. C’est un chiffre en forte progression. 

Des évènements comme la FIAC ou Paris Photo, les grandes expositions attirent du monde à Paris. L’exposition de la collection Chtchoukine à la Fondation Vuitton avait par exemple aidé à tourner la page des attentats de 2015 dans la capitale, sur le plan touristique tout du moins. 

Est-ce qu’on peut vraiment comparer la culture et l’auto. C’est un domaine beaucoup plus fragmenté, non ? 

C’est vrai que quand on parle de la culture comme un secteur, on additionne un peu des choux et des carottes. Les modèles économiques, les ressorts de chiffre d’affaires, les métiers sont très différents selon que l’on parle de la presse, de théâtre, de cinéma ou de séries, de musées, d’édition ou de jeu vidéo. Au total, on dénombre 600 métiers différents. 

Un tiers des actifs de la culture ne sont pas salariés. C’est trois fois plus que la moyenne. La culture nourrit selon les calculs entre 630 000 personnes (pour qui c’est la totalité des revenus) et 1,3 million. Comme dans l’hôtellerie restauration ou le BTP, on retrouve beaucoup de jeunes, peu diplômés, les plus exposés à la récession du Covid. 

Les structures sont aussi fragiles et morcelées: on en compte 300 000. Prenez l’exemple des entreprises du spectacle musical: la marge bénéficiaire est inférieure à 1% du chiffre d’affaires. C’est très faible. 

Comment peut-on aider ce secteur ? 

Emmanuel Macron l'expliquera sans doute demain. En Allemagne, une aide de 50 milliards d’euros (1) a été débloquée. En France, il ne faut  pas rêver, on n’est pas dans la même situation financière et les moyens ne seront pas les mêmes. 

Autre question pour le secteur: les mécènes seront-ils au rendez-vous ? Là aussi, attention, les grandes entreprises risquent d’avoir le pied sur le frein après le trou d’air du confinement et les difficultés qu’elles auront à se réorganiser. 

Autant dire que la situation est fragile. Et que, jamais sans doute, le secteur de la culture n’aura été aussi dépendant de quelques milliardaires, de Bernard Arnault à François Pinault, en passant par Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré ou encore Marc Ladreit de Lacharrière. Ce dernier possède à lui seul 20% des fauteuils de théâtre de la capitale, 11 Zenith et plusieurs sociétés de production.   

(1) Précision importante: l'aide de 50 milliards d'euros débloquée en Allemagne s'adresse à tous les indépendants et petites entreprises, dont ceux et celles du secteur culturel, mais pas seulement. Un fonds d'aide au secteur de la culture fait l'objet de discussions entre la déléguée du gouvernement fédéral pour la culture et les medias, Monika Grütters, et les Länders, mais le montant n'a pas encore été arrêté. 

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