Le livre d’Esther Duflo, l’économiste française qui a reçu le Prix Nobel l’an dernier, sort la semaine prochaine. Comme le Salon du livre est annulé, on ne pourra pas se le faire dédicacer, ni assister à la conférence qu’elle devait y donner, mais on peut la rencontrer virtuellement... dans L'Obs.

Elle a donné une longue interview à L'Obs, depuis les Etats-Unis, où elle vit. Le journal a aussi retrouvé la biographie qu’elle a écrite pour se présenter à l’occasion du Nobel, un autoportrait en quelque sorte. 

Il est assez étonnant. Esther Duflo y explique qu’elle a toujours eu confiance en elle. C’est cette force qui lui a permis de mettre en place un réseau de 500 chercheurs dans le monde  et d’obtenir le Nobel à seulement 46 ans. 

Elle explique surtout d’où lui vient cette confiance. Elle raconte qu’enfant, elle était paraissait plus jeune que son âge. Résultat, on l’a toujours traitée comme une enfant géniale. Surtout, dit-elle, elle était un garçon manqué et elle a gardé de cette enfance “gender fluid” “le désir que jamais [son] genre ne définisse ce que [elle] peut ou ne peut pas faire”. Bref, elle fonce.

Ce que ses recherches en économie apportent 

Elles remettent l’économie à sa place: celle d’une science très inexacte, qui doit être beaucoup plus pragmatique. Prenez les prévisions du Fonds monétaire international sur la croissance. Il a les meilleurs économistes du monde et pourtant, ils ont un taux d’erreur de 2,8 points. Si on tirait au sort les prévisions ou si on s’en tenait à une estimation moyenne de 4%,on ferait aussi bien !  

Autre problème, ce qui est vrai au niveau global - un accord de libre échange améliore la croissance- n’est pas forcément vrai au niveau local, où le même accord de libre-échange peut conduire à des fermetures d’usines. Et les salariés ne déménagent pas forcément pour trouver un emploi ailleurs. On peut le déplorer mais c’est comme ça, constate Esther Duflo. Donc, il faut l’expliquer mais aussi, pourquoi pas, prolonger artificiellement la vie d’une usine, en payant les plus âgés jusqu’à leur retraite. Pour le bien être de la communauté. 

Ce sont des choses que les économistes ne disent pas souvent. 

Et bonne nouvelle…

Esther Duflo et Abhijit Banerjee, son mari, avec qui elle a obtenu son Nobel, vont revenir en France cet été. Bon, pour l’instant, il ne s’agit que d’une année sabbatique, mais ça laisse du temps au Collège de France ou à l’Ecole d’économie de Paris de les convaincre de rester. 

Il y aurait ainsi Jean Tirole, Nobel d’économie lui aussi  à Toulouse, et Esther Duflo et Abhijit Banerjee à Paris. L’enseignement supérieur, après tout, c’est un poste d’exportation non négligeable. 

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