Pendant son séjour en Chine, Emmanuel Macron va voir de près les nouveaux géants technologiques du pays et on peut penser qu’à son retour, il sera encore plus résolu à faire émerger des “champions européens”.

Margrethe Vestager
Margrethe Vestager © AFP / Aris Oikonomou

Mais hier, la Commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager a fait savoir qu’elle trouvait ce concept “très vieille école”. Et on l’écoute, cette Danoise, car ce n’est pas n’importe qui. Elle a collé à Apple et à Google les plus grosses amendes de leur histoire : 13 et 8 milliards d’euros. 

C’était un des piliers de la Commission Juncker et elle sera demain la vice-présidente de la Commission d’Ursula Van der Leyen. Elle gardera ses compétences en matière de concurrence et y ajoutera le numérique. 

C’est elle, vous vous en souvenez peut-être qui a inspiré le personnage principal de la série danoise Borgen. C’est une femme de caractère. Emmanuel Macron l’apprécie. Mais c’est aussi une vraie libérale. 

C’est au nom de ce libéralisme qu’elle déteste l’idée de “champions européens” ? 

Absolument. Cette idée que les Etats ont un rôle à jouer pour protéger, faciliter l’émergence de champions qui vont porter les couleurs européennes et défendre la souveraineté de l’Union, pour elle, c’est un truc colbertiste, un truc français, elle n’en voit pas l’intérêt. 

Le secret d’une économie solide, dit-elle, c’est d’avoir des entreprises de toutes tailles, en concurrence, au bénéfice du client. Le consommateur doit voir que le marché est à son service. 

C’est à ce titre que la Commission vient d’ouvrir une enquête sur une possible collusion entre deux groupes français, Casino et Intermarché. Entre 2014 et 2018, ils avaient une centrale d’achat commune pour avoir de meilleurs prix. Ils ont pressé les fournisseurs mais les clients en ont-ils profité ? Pas sûr. C’est le soupçon que Madame Vestager nourrit quand elle voit un soi disant “champion”. 

Si elle doit cohabiter avec Thierry Breton, le PDG d’Atos, qui pourrait être le prochain commissaire français, ça ne va pas être simple.

Car lui, c’est tout le contraire : les “champions”, il adore… Thierry Breton est l’homme qui a fait rentrer trois entreprises au CAC 40, Thomson, France Télécom et Atos. En juillet, dans un entretien aux Echos, il regrettait que “ la politique de la concurrence européenne” ait  “provoqué des désastres industriels”. 

Si sa nomination est confirmée, dans la prochaine Commission, ça va discuter sec. Avec sur la table un premier dossier: le mariage du groupe italien Fincantieri avec les Chantiers de l’Atlantique. L’Italie et la France y voient un champion, madame Vestager un risque de duopole ! 

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