On oublie parfois que l’agneau est un produit saisonnier, un produit de printemps. C’est au moment de Pâques que nous en consommons le plus. Evidemment, cette année cela ne passera pas comme d’habitude.

Un boucher découpant de la viande d'agneau
Un boucher découpant de la viande d'agneau © Getty / Juanmonino

Pardon pour les végétariens que cette chronique va heurter, mais le mois de Pâques représente normalement 20% de la consommation de viande d’agneau en France. Soit 600 000 bêtes, sur les 3 millions élevées localement chaque année. 

C’est le travail de plus de 18 000 producteurs, organisés à travers une trentaine de coopératives pour valoriser leurs produits. Ils sont évidemment très inquiets. Car ils ne savent absolument pas ce qu’ils vont faire de leurs animaux cette année. 

Sur les 600 000 agneaux prêts à la consommation, seulement 20%, soit 120 000, trouveront preneurs. 

Pourtant lorsqu’on regarde les secteurs économiques qui fonctionnent encore, l’agroalimentaire en fait partie, les grandes surfaces et les boucheries sont ouvertes. Et elles se sont engagées à privilégier les produits français. 

Certes, mais depuis le début de la pandémie, les consommateurs achètent surtout des produits emballés. On les voit moins dans les rayons boucheries à la demande. Les coopératives essaient de s’adapter et de conditionner leurs produits en conséquence. Mais ça ne suffit pas. 

D’autant que cette année, les familles ne pourront pas se réunir pour les traditionnelles fêtes de Pâques. La rupture du jeûne du Ramadan, qui débutera le 24 avril, ne sera pas non plus très festive, si le pays est toujours en mode confinement.  

Surtout une grande partie des débouchés - la restauration collective, les restaurants- ont disparu, les exportations se sont effondrées. D’ailleurs l’agneau est loin d’être le seul produit à en souffrir. Le lait est aussi un produit saisonnier: c’est au printemps qu’on en  produit le plus. La France l’exporte à 40% en temps normal. Il y aurait 20% d’excédent, près de 40 millions de litres par semaine.

Qu’est-ce qu’on fait des surplus ?

De la poudre de lait, du beurre, du fromage… Mais ces filières saturent. Pour l’agneau on congèle. La Commission européenne accompagne le mouvement en achetant et stockant la matière pour réguler le marché ou en accompagnant financièrement les abattoirs qui gardent les produits. 

Dans le lait, la destruction commence, mais la viande ne sera pas détruite. Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, assure qu’il n’en est pas question. Plutôt pessimiste, il craint que la pandémie ne frappe durement l’Afrique, qui pourrait avoir besoin d’aide alimentaire et des stocks.  

En attendant, que faire pour aider les éleveurs, dont la présence est importante dans les régions de moyennes montagne ? Si c’est dans vos habitudes, ne renoncez pas à votre gigot de Pâques.

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