L’anniversaire a été célébré comme il se doit, en grande pompe et avec Édouard Philippe. Le premier ministre a fait l’éloge de la concurrence. Il a même annoncé qu’il en voulait plus par exemple dans le domaine des pièces détachées automobiles, de la banque, ou encore dans la vente en ligne de médicaments. 

Cet éloge du premier ministre ne manque pas de sel. Il y a un mois, Bruxelles interdisait la fusion Alstom Siemens. Et là, on avait dit beaucoup de mal du gendarme européen de la concurrence. Dogmatique, technocratique, à côté de la plaque, défendant plus l’intérêt de la Chine que celui de l’Europe... On a crié si fort qu'on a eu l’impression qu’en France on n’aimait pas beaucoup la concurrence   La réalité est différente. La preuve. Changeons de décor. Hier à Paris, c’est notre gendarme français, l’Autorité de la concurrence, qui fêtait ses dix ans. Édouard Philippe était là, et là, il a fait l’éloge de la concurrence. A tel point que le gouvernement en veut plus, par exemple dans le domaine des syndic immobiliers, dans les pièces détachées automobile, dans la pharmacie en ligne ou encore dans la banque.   

Le gouvernement manquerait-il de cohérence?

Avec la concurrence, tout le monde est comme ça. On adore détester le gendarme qui empêche la création d’un beau champion européen du rail, ou qui pousse les entreprises à réduire toujours plus leurs coûts. Mais on adore tout court le gendarme qui met à l’amende les industriels de la lessive quand ils s’entendent sur les prix, ou celui qui a permis de faire baisser les prix de nos abonnements mobiles de 40%. L’Autorité de la concurrence a calculé que depuis 2011, son impact c’était 14 milliards d’euros « rendus » à l’économie française. La concurrence, c’est aussi ça, c’est du pouvoir d’achat préservé ou créé. Et on comprend que le gouvernement ait envie de cela.  

Malgré la polémique Alstom-Siemens, on ne change rien au droit de la concurrence, ni à Bruxelles ni à Paris ?   

Il ne faut pas changer l’objectif qui est d’assurer un bon niveau de compétition entre les entreprises, au bénéfice des consommateurs. C’est la meilleure façon de pousser à l’efficacité et à l’innovation. En revanche, il faut adapter le droit de la concurrence, en particulier dans le domaine numérique. La taille mondiale, la vitesse de la croissance et les moyens des entreprises géantes comme Facebook ou Amazon posent des questions inédites aux autorités de la concurrence. L’autre problème, c’est clairement la Chine qui envoie ses entreprises publiques à la conquête du monde sans nous rendre la pareille puisque les entreprises étrangères ne peuvent pas gagner des marchés publics en Chine. La concurrence, cela suppose l’équité de la compétition. Or celle-ci pourrait être faussée par les géants modernes, ceux du web et ceux de la Chine. 

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