Michelin veut faire évoluer son organisation. L’entreprise fait des bénéfices mais envisage malgré tout un accord de rupture conventionnelle collective pour faire partir 2300 salariés sur trois ans. Un plan social de plus, qui mise sur les départs anticipés à la retraite. Ce qui soulève quelques questions...

La réorganisation de Michelin, avec un plan de départ de 2300 salariés sur trois ans, est inquiétante, moins pour  les salariés de Michelin que pour les différences qu'elle révèle dans les plans sociaux en temps de Covid. Les salariés de Michelin sont très bien défendus par leurs représentants syndicaux et la direction a déjà annoncé que les départs se feraient sur la base du volontariat et seraient en majorité des pré-retraites. 

On retrouve d’ailleurs ce schéma dans la plupart des grands groupes, comme ADP, IBM, Thales ou Safran. Leur direction se dit que l’activité va être moins bonne que prévue pendant les deux à quatre années qui viennent ou bien qu’ils doivent faire des transformations en profondeur, comme chez Michelin. Et elle prend les devants en accélérant les départs à la retraite prévus dans trois ou quatre ans. 

Cela permet d’alléger les coûts ou de continuer à recruter des jeunes, moins chers et mieux préparés aux métiers de demain. Ce qui m’inquiète en réalité, ce sont les inégalités que cela crée. 

Quelles inégalités ? 

Dans les grands groupes, certains plans sont bien négociés, avec suffisamment de compensations pour que les salariés qui approchent la soixantaine y trouvent leur compte. D’ailleurs il y a souvent assez de volontaires. Et on se demande s’il n’y aura pas des séquelles sur les caisses de retraite. 

En revanche, quand vous êtes salarié d’une PME, d’un sous-traitant en difficulté, d’une très petite entreprise ou d’un artisan à court de trésorerie, les licenciements sont plus secs. 

Sans parler des indépendants, des intérimaires ou des salariés en CDD, dont l’activité s’arrête sans la perspective de préretraite avec complément de salaire ou d’un programme de reconversion… 

Justement, le gouvernement a finalisé hier avec les partenaires sociaux d’un dispositif appelé “Transitions collectives”. C’est peut-être un début de réponse… 

C’est vrai. Tous les syndicats et les organisations patronales étaient autour de la table.  Et 500 millions d’euros sur deux ans sont prévus par l’Etat pour faciliter des initiatives de reconversion professionnelle par bassin d’emplois. 

Lorsqu’une entreprise de moteurs diesel sait qu’elle va perdre des commandes alors qu’à quelques kilomètres une entreprise de la santé recrute, ce dispositif doit organiser et financer la formation des salariés. Quelle que soit la taille de l’entreprise. 

Sur le papier, ça paraît idéal. Dans la pratique, il faut attendre de voir si les organismes de formation, les associations spécialisées dans la transition professionnelle, les services de l’Etat, les syndicats et les petits patrons - réussiront à le faire vivre. Pas évident, en pleine course contre la montre. 

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