L’Allemagne semble avoir mieux géré l’épidémie que la France, avec surtout moins de pénurie de matériel. Il y a une explication à cela : elle a su garder ses chaînes de production et exporte des composants que la France importe. C'est ce que conclut une étude publiée par le magazine Challenges.

Angela Merkel, chancelière allemande
Angela Merkel, chancelière allemande © AFP / Markus Schreiber / POOL

Il est encore un peu tôt pour faire le bilan, mais c’est vrai que le contraste est frappant : l’Allemagne semble avoir mieux anticipé cette crise alors que la France rattrape son retard, en courant après les solutions. 

L’Allemagne par exemple n’a pas manqué de respirateurs et elle dispose de beaucoup plus de tests que la France. Son industrie a basculé plus vite vers la production de masques quand cela a été nécessaire. Il a fallu plus de temps à la France pour réagir. 

Pour comprendre ce décalage, les économistes Philippe Aghion (Collège de France), Cécilia Bellora (CEPII) et Elie Cohen (CNRS) ont analysé l’origine géographique de tous les produits nécessaires pour lutter contre le Covid-19. Le résultat de cette étude est publié dans le magazine Challenges en kiosque demain et sera mis en ligne aujourd’hui. 

Alors qu’ont-ils trouvé ? 

C’est tout simple : les Allemands produisent beaucoup plus de produits liés au Covid-19 que nous, que ce soit des composants pharmaceutiques, bien utiles pour les tests, des appareils médicaux et des équipements de protection. 

Ces produits permettent même à l’Allemagne de dégager un excédent commercial de 20 milliards d’euros, alors que nous sommes tout juste à l’équilibre, avec un déficit sur les appareils médicaux et les masques.

Le plus irritant, c’est que cette situation est assez récente : en 2002, il n’y avait pratiquement pas de différence entre nos deux pays, alors qu’aujourd’hui, nous importons beaucoup d’Allemagne, mais aussi, dans une moindre mesure, de Chine et des Etats-Unis. 

Que préconisent ces économistes ? On peut redresser la barre ?

Oui, avec une vraie stratégie industrielle, en identifiant les industries "critiques", c’est-à-dire indispensables pour notre pays, en ayant un plan pour relocaliser l’industrie du médicament, en investissant dans la recherche, en réfléchissant au niveau européen aussi. 

Lorsqu’on regarde le profil des sociétés qui produisent ces biens en Allemagne, il s’agit souvent d’entreprises régionales, souvent familiales. Elles composent ce qu’on appelle le Mittelstand, le milieu ou le coeur de l’économie si vous voulez. 

Ces entreprises de taille intermédiaire - on les appelle des ETI - de 250 à 5 000 salariés, exportatrices, ont en général une production plus locale, moins éclatée aux quatre coins du monde que les multinationales. Elles ont aussi des chaînes de décisions sont plus courtes que les grands groupes et sans doute en Allemagne, un bon dialogue social. 

C’est pour que ce tissu d’ETI en France ait plus de capital à sa disposition, qu’Emmanuel Macron a supprimé l’ISF sur les actions et qu’il envisage aussi de baisser certains impôts dits de production. Espérons que ce soit efficace. 

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