Ministres des finances se réunissent, comme tous les ans, à l’occasion de l’assemblée de printemps du Fonds Monétaire International. Ils sont en visio-conférence et pas à Washington, mais ils réfléchissent ensemble à l’économie post-Covid. Et ils semblent prêts en finir avec le "consensus de Washington".

Le FMI les a un peu poussés dans leurs retranchements: ses experts pensent qu’il serait juste que les contribuables les plus fortunés et les entreprises qui vont bien acquittent une taxe Covid en solidarité avec ceux qui ont le plus souffert de la pandémie: les pauvres et les jeunes. 

C’est une petite révolution. Jusqu’à présent on parlait de “consensus de Washington” pour décrire les potions libérales - notamment les privatisations- que le FMI et la Banque mondiale imposaient aux pays endettés. 

Aujourd’hui, le ton a complètement changé. 

A Washington, on discute de soutien à l’économie, de mettre fin à la concurrence fiscale entre pays, d’augmenter l’impôt sur les sociétés et de mettre en place un impôt sur la fortune ou les très hauts revenus. Les ultra riches comme Jeff Bezos, le patron d’Amazon, ou Jamie Dimon, celui de la grande banque JP Morgan entrouvrent même la porte à la discussion. C’est du jamais vu. 

Cette taxe sur les plus riches, en quoi consisterait-elle ?  

Pour Vitor Gaspar, le responsable des politiques budgétaires au FMI, elle serait provisoire, et pas forcément motivée par le besoin de faire rentrer de l’argent dans les caisses pour rembourser les déficits du Covid. Car pour lui, il n’y a aucune urgence à se désendetter. 

En revanche, nos sociétés auraient besoin d’un impôt symbolique qui montre que les plus aisés, ceux dont le patrimoine s’est accru, et les entreprises dont les profits ont augmenté pendant la crise sanitaire, sont attachés à la cohésion nationale. 

Il a d'ailleurs cité un précédent, un autre impôt provisoire: la taxe sur la solidarité mise en place en Allemagne après la réunification, la “soli”, pour faciliter la remise à niveau des länders de l’est. L’argent récolté, partout, devrait contribuer à réduire les inégalités. 

En France, on n’a pas attendu le FMI. Cette idée circule depuis longtemps…

C’est vrai. Dès le mois de mai de l’année dernière, l’acteur Vincent Lindon plaidait pour une taxe Jean Valjean sur les patrimoines de plus de 10 millions d’euros. On a ensuite entendu Louis Gallois, alors président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Laurent Berger, de la CFDT, le PS, la France Insoumise, Thomas Piketty. Même l’économiste Philippe Aghion, qui a conseillé à Macron de supprimer l’ISF, se dit favorable à un impôt provisoire. 

Bercy et l’Elysée ne sont pas du tout sur cette ligne. Pas plus que la droite. Le taux de prélèvements obligatoires de la France est, il est vrai, très élevé. Mais là on parle des très riches. Chez nous comme ailleurs, le débat est ouvert.