C’est un paradoxe: la majorité des participants au grand débat fait part d’un sentiment d’urgence climatique, ils se disent prêts à changer de comportement, et pourtant seuls 2 % d'entre eux plaident pour le retour de la taxe carbone.

Cela n’est pas très étonnant: c’est la hausse des taxes sur le carburant qui a été le détonateur de la crise des gilets jaunes. Mais c’est vraiment embêtant parce que la fiscalité sur le carbone reste un levier très efficace pour réduire à court terme la consommation des combustibles fossiles. Autant dire qu’on a peu de chances d’atteindre l’objectif du gouvernement, la neutralité carbone en 2050, sans utiliser l’outil fiscal. 

Une hostilité des Français à l’égard de cette mesure ?

Les experts ont multiplié ces derniers jours les propositions pour rendre acceptable politiquement la taxe carbone. Une idée qui revient souvent, c’est de mieux répartir le fardeau de la taxe, en mettant davantage les entreprises à contribution. Le think tank Terra Nova ou le conseil d’analyse économique proposent de mettre fin à tout ou partie des exonérations de taxes sur le carburant dont bénéficient des secteurs comme l’aviation commerciale, le transport routier, l’agriculture ou le bâtiment: au total, ces exonérations représentent 7 milliards d’euros de manque à gagner pour les finances publiques. 

Ce serait une réponse aux Français qui lors du grand débat ont dit vouloir faire payer les pollueurs

Mais cela ne suffirait pas à rendre la facture moins douloureuse pour les ménages.  C’est pourquoi ces experts proposent tous à des degrés divers de redistribuer une partie des recettes supplémentaires générées par la taxe carbone aux ménages les moins aisés. Les économistes de l’Iddri par exemple envisagent de verser une prime de transition écologique de 540 euros par an aux 30 % des ménages les plus pauvres. Cela permettra d’aider ces ménages à acheter des équipements moins énergivores, mais il faut sans doute aller plus loin que ces aides individuelles. Audrey Berry et Eloi Laurent, de l’Observatoire français des conjonctures économiques, proposent d’utiliser la majeure partie des recettes de la taxe carbone pour financer la rénovation énergétique des logements et le développement d’alternatives de mobilité accessibles à tous. Les bonnes idées ne manquent pas pour concilier transition énergétique et justice sociale. Au gouvernement de s’en saisir avant d’enterrer définitivement la taxe carbone.

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