Le chef économiste d'Allianz - Euler - Hermes vient de chiffrer ce que coûte aux économies européennes le retard dans la vaccination. C’est un appel clair à accélérer “quoi qu’il en coûte” vaccinal.

Le cout du retard de la vaccination
Le cout du retard de la vaccination © AFP / Yuri Smityuk\TASS

Ludovic Subran a travaillé au ministère de l’économie, à Bercy donc, avant de devenir économiste en chef de l’assureur allemand, Allianz-Euler-Hermes. Il est donc écouté dans toute l’Europe, d’autant plus facilement qu’il parle sept langues.

Subran vient d’être nommé par le Premier ministre membre du Conseil d’analyse économique, ce petit groupe d’experts chargés d’éclairer le gouvernement sur les choix de fiscalité, sur le marché du travail ou sur les réformes prioritaires. 

Et la note qu’il a préparée avec trois de ses collègues sur le vaccin tient en un chiffre : 90 milliards. C’est ce que va coûter à l’Europe, en impact sur la croissance, le retard de cinq semaines pris sur le front de la vaccination. 

90 milliards d’euros pour toute l’Europe, qu’est ce que ça représente ? C’est vraiment beaucoup ? 

Pour vous donner un ordre de grandeur c’est quatre fois le coût des doses de vaccins déjà achetées. C’est 3 milliards d’euros par semaine rien que pour la France. Et c’est l’équivalent de qui doit être dépensé cette année par l’Union européenne au titre du plan de relance. Autant dire que celui-ci - qui a demandé beaucoup de discussions et d’efforts - risque d’être un coup d’épée dans l’eau. On pourrait presque l’oublier et concentrer toute l’énergie et les dépenses sur le vaccin. 

La grande question que faut-il faire pour rattraper le retard et atteindre comme prévu l’objectif annoncé par la Commission: 70% de la population vaccinée avant l’été. Il faudrait vacciner chaque jour six fois plus de personnes qu’aujourd’hui. Et si on veut au moins vacciner avant l’été les personnes à risque, il faut doubler le rythme. 

Aujourd’hui nous vaccinons quatre fois moins vite que le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Le pays le plus avancé en Union européenne, le Danemark, a immunisé 5% de sa population, c’est trois plus en Angleterre (près de 15% de personnes vaccinées) et deux fois plus aux Etats-Unis (près de 10%).

Et ce décalage est rattrapable ? 

Ludovic Subran pense que les goulots d’étranglement que l’on connaît pourraient se desserrer en mars, si le vaccin Johnson et Johnson, unidose, commence à pouvoir être utilisé, et si de nouveaux sites de production  sont ouverts.

Il faut tout faire en ce sens. Pour lui, c’est la seule dépense vraiment utile, le meilleur investissement pour l’économie.  

Imaginez à l’automne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui repartent, face à une Europe toujours entravée sanitairement, le coût politique sera très élevé, dans une année d’élections importantes. L’Union européenne, l’euro, pourrait ne pas y survivre, selon Euler-Hermes. L’objectif est donc clair, quoi qu’il en coûte.

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