Incroyable moment que cette conférence de presse de Carlos Ghosn à Beyrouth, hier. Qu’en retirer ?

Carlos Ghosn lors de la conférence de presse qu'il a donné à Beyrouth le 8 janvier 2020
Carlos Ghosn lors de la conférence de presse qu'il a donné à Beyrouth le 8 janvier 2020 © AFP / Mahmut Geldi / ANADOLU AGENCY

Le personnage ne déçoit pas. On s’attendait à le voir peut-être fatigué, affaibli, amaigri. Pas du tout. Il était combatif et incroyablement sûr de lui. Aucun regret, aucune fausse modestie. 

A l’écouter, on ne lui reprocherait que quelques dépenses un peu personnelles ou des rémunérations connues mais pas publiées. Quelques dizaines de millions mais pour lui, des broutilles pour lesquelles aucun pays n’envoie les gens en prison...  

Quant au complot politico-industriel dirigé contre lui, on n’en connaît toujours pas les détails. Rien de nouveau (et on ne voit pas à qui il profite, puisque tous les dirigeants de Nissan en cause ont été écartés depuis). 

Carlos Ghosn ne réécrit-il pas l’histoire un peu comme ça l’arrange ?

Bien sûr que si. Il dit par exemple qu’il n’a pas démissionné de Renault. Or il a envoyé deux lettres - en janvier et en avril 2019 - pour mettre un terme à ses mandats. Et le conseil d’administration a pris acte de sa démission. 

Alors pourquoi revenir dessus ? Eh bien pour aller en justice dire qu’il voulait prendre sa retraite et essayer de récupérer sa fameuse retraite chapeau. 765 000 euros par an tout de même.   

La contre attaque a d’ailleurs déjà commencé puisqu’il intente aussi un procès à  NMBV, une filiale néerlandaise commune à Nissan et Mitsubishi, à qui il réclame 15 millions d’euros. Mais cela chut, il n’en pas parlé dans sa conférence de presse. 

Quand il dit que les fautes dont on l’accuse sont faibles en montant par rapport à la valeur boursière détruite depuis son départ de Renault et Nissan, qui se chiffre en milliards, n’a-t-il pas raison ? 

Comparaison n’est pas raison. Carlos Ghosn est soupçonné d’avoir fait de l’abus de bien social, à son profit mais aussi au profit de membres de sa famille. Et c’est bien cela qui doit être jugé. 

Hier, il n’a pas été convaincant dans ses explications ni sur sa sœur, ni sur son ami saoudien, ni sur Versailles.  

Ensuite, il impute la baisse du cours de Bourse à son départ et à l’incompétence de ses successeurs. Or la dégringolade de l’action Renault par exemple avait commencé avant l’affaire (de 100 € en avril 2018, l’action était déjà tombée à 65 € lorsqu’il a été arrêté). Il dit avoir laissé Nissan en parfait état en 2017. 

Mais la course au volume pour passer devant Toyota a coûté cher à la rentabilité et donné du fil à retordre à son successeur. Il était sûr de réussir le rapprochement avec Fiat-Chrysler. Comment le croire quand on comprend l’ambiance déplorable qui régnait au sein de l’Alliance ?   

►  Dans L’Obs, Clément Lacombe révèle un secret de famille : son enfance avec un père en prison pour meurtre, mais bien d’autres “détails” aussi comme la taille de son yacht ou le salaire qu’Obama lui avait proposé pour diriger General Motors.

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