Le tribunal de commerce de Bobigny examine aujourd’hui les offres de reprise de Naf Naf. Il y a deux candidats: Beaumanoir et SY Corporate. Le groupe malouin (Morgan, Bonobo, Cache Cache) est plus connu, mais Yilmaz Selçuk, le patron de SY, a le soutien des salariés. Qui est cet entrepreneur ?

On ne peut pas préjuger de la décision des juges, mais le groupe SY Corporate a un avantage: il reprend plus d’employés et de boutiques Naf Naf que son concurrent, ce qui lui vaut le soutien de la direction et des salariés. 

Il a un point faible: il est moins connu que son concurrent. Beaumanoir, c’est la success story de Saint-Malo, avec les marques Bonobo, Morgan ou Cache Cache. Un groupe bien installé dans la distribution, également candidat à la reprise de La Halle. 

Selçuk Yilmaz, l’actionnaire de SY Corporate, est beaucoup plus discret, spécialisé dans la production, avec des usines en Tunisie, des façonniers en Turquie, un entrepôt de logistique et un atelier de stylisme à Bondy en Seine-Saint-Denis. 

Vous l’avez rencontré. Qu’avez vous appris sur lui… 

Vous vous souvenez du film La Vérité si je mens ? Eh bien, Selçuk Yilmaz a un petit côté Eddy, le personnage joué par Richard Anconina. Un visage sympathique, rond, le regard un peu inquiet. Il a 46 ans. 

Né en Turquie, il est arrivé à Paris en 1984 avec ses parents, venus travailler dans le Sentier. À neuf ans, il leur servait de traducteur. À 16 ans, il est entré dans l’entreprise familiale, au moment où le Sentier commençait à faire produire au Maghreb, en Roumanie ou en Turquie. 

Il a créé avec son frère deux usines à Istanbul, détruites dans un tremblement de terre. Il a continué en Tunisie. 

S’il est fabricant, pourquoi se lancer dans la distribution ? 

Pour une raison simple. En 2008, le groupe SY était un gros fournisseur de la marque Morgan, qui allait mal. Il s’est retrouvé avec un impayé de six millions d’euros. Il a presque tout perdu. 

L’histoire se répète avec Naf Naf. L’actionnaire de la marque, un groupe chinois, a été une des premières victimes du Covid, laissant quatre millions d’euros d’impayés aux frères Yilmaz. Plutôt que de tout perdre, ils ont déposé une offre de reprise. 

En novembre, pour les mêmes raisons, ils avaient racheté la marque Sinequanone. Les Yilmaz, avec leurs 1200 employés en Tunisie, veulent fonctionner sur le modèle Zara : très peu de stock. On dessine un modèle, on le teste, si il plaît, on lance la fabrication. 

La rapidité permet de s’adapter à la météo ou… au Covid. Les premières pièces à tester chez Naf Naf sont déjà prêtes si leur offre est retenue. Du vert émeraude, des fleurs. Verdict : le 18 juin 2020. 

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