Les milliardaires se prennent de passion pour les chaussures. Après Bernard Arnault qui s’est offert la marque allemande Birkenstock, la famille Agnelli vient d’annoncer l’achat de Louboutin… Ils tablent sur les achats de luxe et le "revenge shopping" en sortie de pandémie.

Les milliardaires misent sur les chaussures. Ici des louboutins aux pieds de Jennifer Aniston en octobre 2019
Les milliardaires misent sur les chaussures. Ici des louboutins aux pieds de Jennifer Aniston en octobre 2019 © Getty / Adrian Edwards

La famille Agnelli est l’actionnaire historique du groupe Fiat Chrysler, qui vient de fusionner avec PSA pour former Stellantis. Au passage, les actionnaires de Fiat ont touché un dividende exceptionnel de presque 3 milliards d’euros, dont la famille Agnelli a récupéré une bonne partie. 

Et elle a décidé de les réinvestir dans deux secteurs : le luxe et la tech. Pas fous les Agnelli, puisque les deux hommes les plus riches du monde, Bernard Arnault et Jeff Bezos, sont issus de ces deux secteurs.

La famille a donc décidé de mettre sur la table 541 millions d’euros pour acheter un quart du chausseur Louboutin 

Cela valorise à plus de 2 milliards d’euros une petite société qui n’a que 30 ans. La signature des escarpins Louboutin -et plus récemment des baskets -, c’est leurs semelles rouge, adorées des stars. Comptez 600 euros la paire de Kate ou de Pigalle Follies, pour souffrir avec 10 centimètres de talon. 

Les Louboutins d’accord, mais les Birkenstocks, avec leur semelle en liège, ce ne sont pas des chaussures de luxe...

Détrompez-vous Mathilde, depuis quelques années, les Birkenstocks sont copiées par tous les designers. Bernard Arnault, avec sa société personnelle la Financière Agache, était donc prêt à payer 4 milliards pour s’offrir une marque vieille de 250 ans. 

LVMH, de son côté, a déjà repris une autre marque allemande traditionnelle: les valises en aluminium Rimowa, réputées infatigables comme les sandales des touristes allemands. Birkenstock avec les moyens de Bernard Arnault, et Louboutin avec ceux des Agnelli, visent la même chose: se développer à toute vitesse sur les marchés chinois et indien. 

Et sans doute monter en gamme par des collaborations, des“collabs” avec des stars. Le prix des Birk, déjà autour de 100 euros, ne va pas s’assagir. 

Et ces milliardaires sont certains de gagner de l’argent même en achetant ces marques pour des sommes aussi élevées ? 

En début d’année, les Doc Martens, les chaussures des Punks, ont fait leur entrée en Bourse, elles aussi à un prix dingue : multiplié par dix en 8 ans. 

Les actionnaires de ces marques tablent sur une tendance un peu effrayante du monde post-Covid : la polarisation des richesses dans le monde, avec des classes supérieures peu touchées par la pandémie, qui auront beaucoup épargné et feront des achats frénétiques, du “revenge shopping”, dès que tout ira mieux. 

Ils misent donc sur la futilité, les marques et la consommation, tandis que l’industrie traditionnelle, elle, a du mal à investir et que les marques ou les distributeurs populaires se débattent, avec leurs cohortes de salariés, devant les tribunaux de commerce.