Le débat sur la politique migratoire se poursuit aujourd’hui au Sénat. C'est l’occasion de parler d’un sujet que l’on évoque peu : l’Aide publique au développement.

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(image générique) © Getty / Manuel Sulzer

En ce moment, Edouard Philippe, le premier ministre, s’amuse à poser une colle à ses interlocuteurs : quels sont les trois plus grands bénéficiaires de l’Aide publique au développement française ? 

En général, la réponse fait son petit effet. Ce sont la Colombie, le Maroc et l’Indonésie

Et le Premier ministre s’interroge : pourquoi la Colombie et l’Indonésie, qui ne sont ni les plus pauvres, ni les pays d’où les jeunes émigrent pour venir en France? Pour lui, ça valait bien un grand débat sur la politique migratoire où on pose tout à plat. 

Pourquoi l’aide française se concentre-t-elle sur la Colombie, le Maroc et l’Indonésie ?

A cause de la crise. Après 2008, pour tenir les déficits, Nicolas Sarkozy puis François Hollande ont sabré dans l’Aide publique au développement bilatérale, de pays à pays. L’Agence française de développement, l’AFD, la banque par qui transite cette aide, chiffre la baisse de moyens budgétaires à 40% en dix ans. 

Bien sûr, il ne fallait pas que ça se voie… Pour cacher la misère, l’Agence française de développement a donc augmenté ses prêts à des pays plutôt solvables, comme la Colombie et l’Indonésie. On donne l’impression d’aider plus et on est sûr d’être remboursé. 

Ce n’est d’ailleurs pas inintéressant de leur prêter. Bogota ou Medellin ont acheté des infrastructures de transport à des entreprises françaises. Et l’Indonésie, elle, est stratégique pour la biodiversité. 

Le débat sur la politique migratoire pourrait-il permettre une meilleure orientation de l’aide ? 

En réalité, le mouvement est déjà engagé. Depuis la COP 21, l’aide publique au développement est repartie à la hausse. Emmanuel Macron a confirmé et renforcé cette priorité en février 2018 et promis un sursaut exemplaire d’ici à la fin du quinquennat. 

Le montant total de l’aide française a donc franchi la barre des 10 milliards d’euros. Les priorités ont été revues. L’an dernier, les pays les plus soutenus ont été la Côté d’Ivoire, le Maroc et le Cameroun. Le Nigéria et la Guinée ont aussi bénéficié d’un effort accru. 

L’argument d’Edouard Philippe pour justifier cet étrange débat sur la politique migratoire finit donc par se retourner contre lui : oui l’aide augmente légèrement, mais l’effort financier prévu dans le budget pour 2020 est franchement en deçà des promesses d’Emmanuel Macron. Les ONG et l’opposition ne cessent de le crier. Il leur donne de l’écho !

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