Hier les salariés de Suez ont cessé le travail pendant deux heures pour protester contre le projet de rachat de leur entreprise par leur concurrent Veolia. Un mouvement très suivi selon la CGT. La bataille ne fait que commencer.

Veolia voudrait racheter Suez. En deux temps. D’abord reprendre la participation d’Engie, puis lancer une OPA sur le reste des actions,. Objectif:  fusionner les deux groupes. 

Antoine Frérot, le patron de Veolia, a déjà anticipé que l’Autorité de la concurrence n’accepterait pas ce rapprochement en France - il laisserait trop peu de place à la concurrence- et il s’est donc engagé à céder les activités de Suez dans la gestion de l’eau - ce qu’on appelait autrefois la Lyonnaise des Eaux - à Meridiam, une société d’investissement dans les infrastructures. Il est possible aussi que certains contrats de gestion des déchets de Suez soient cédés à des concurrents, afin que Veolia ne domine pas le marché. 

Les salariés craignent de perdre au change dans ces opérations. Ils se méfient par ailleurs de la promesse de fusion sans casse sociale. Ils soutiennent donc leur direction qui ne considère pas du tout l’offre de Veolia comme amicale et la rejette. 

Pourtant les deux groupes pourraient former un géant français des services aux collectivités, de taille à rivaliser avec d’éventuels concurrents chinois… 

ça c’est exactement l’argument qu’avance Antoine Frérot. Il égrène les grandes fusions - Elf/Total, Sanofi/Aventis, BNP/Paribas - convaincu qu’aucune de ces entreprises n’aurait été dans la course mondiale sans mariage.

Suez et Veolia n’ont pas encore vraiment de rival chinois puissant à l’international, mais cela peut changer vite, selon Frérot, car Pékin a organisé le regroupement de plusieurs acteurs locaux pour former des grands groupes et a désigné l’un d’eux, Beijing Group, pour se développer hors des frontières. 

A ne rien faire, Antoine Frérot craint de se réveiller un matin marginalisé. Pire, Suez sera peut-être un jour la cible d’un concurrent étranger. 

Et le patron de Suez, lui, n’a pas peur de ça ? 

Il est d’une autre génération. Antoine Frérot à 62 ans, Bertrand Camus, 53 ans. Il n’a pas la même vision du monde et de l’entreprise de demain: cet ingénieur estime que la première qualité, c’est l'agilité, et pas la taille. Son concurrent de demain, il le voit plutôt venir de la tech américaine que de la Chine. 

Il croit qu’on augmente ses marges avec plus de technologie, plus de partenariats et pas en étant le plus gros. Veolia c’est déjà 180 000 personnes, Suez, 90 000. 

La bataille d’arguments commence donc. Bertrand Camus en a, mais il a beaucoup moins d’entregent et de réseaux qu’Antoine Frérot, y compris politiques. Il ne part pas favori dans cette bataille. Mais elle est loin d’être terminée. 

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