La prime à la conversion, destinée aux automobilistes qui veulent troquer leur vieux diesel contre une voiture propre, est un énorme succès. Mais ce dispositif connaît de gros ratés… Quel est le problème ?

Quels ratés pour la prime à la casse ?
Quels ratés pour la prime à la casse ? © Getty / Chaiyaporn Baokaew

C’est simple, les Français se précipitent sur cette prime à la casse mise en place le 1er janvier 2018 par Nicolas Hulot. Vous vous souvenez du principe : si vous mettez au rebut votre vielle voiture et que vous achetez une voiture neuve ou d’occasion peu polluante, vous devez toucher entre 1 000 et 2 000 € et même 2 500 € pour une voiture électrique. Le dispositif cartonne. Le gouvernement pensait distribuer 100 000 primes à la casse cette année ; on est déjà à 220 000 et on pourrait atteindre les 300 000 à la fin de l’année. Problème : les crédits n’ont pas suivi. Résultat, 120 000 dossiers sont en cale sèche avec des retards de paiement de plusieurs mois !

Cela signifie que les automobilistes n’ont pas reçu l’argent qu’ils attendaient ?

Une partie d’entre deux, oui. Puisque la fameuse prime est payée soit directement par l’Etat au travers de l’ASP, c’est l’Agence de service et de paiement. Là, les caisses sont vides et donc les automobilistes doivent prendre leur mal en patience. Sinon, la prime est avancée par le concessionnaire auto qui l’a déduit du prix de la voiture. En principe, l’Etat le rembourse le 15 du mois suivant. Sauf que, eux aussi, attendent leur chèque depuis des lustres. Ils sont furieux, on les comprend. Au point que certains, une vingtaine, ont décidé de porter plainte. On a l’exemple d’un concessionnaire de Saint-Maur dans l’Indre dont l’avocat réclame à l’Etat 350 000 € d’arriéré. Bref, pour ces professionnels, la situation est critique et ils ont écrit le 29 novembre à Edouard Philippe pour l’alerter.

Pourquoi la mesure n’est-t-elle pas financée ?

Les caisses de l’Agence de paiement sont donc vides. La semaine dernière, le gouvernement a bien débloqué en urgence 43 millions d’€ mais c’est loin de suffire : rien que pour les concessionnaires, l’ardoise se monte à 80 millions d’euros. Pourquoi ? Il semblerait, même si Matignon le réfute, qu’une partie du produit de la fiscalité écologique sur les carburants qui devait financer la prime à la casse ait été siphonnée pour aller au budget général de l’Etat. Du coup avec l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants, on finit par douter que l’Etat ait les moyens de financer en 2019 la super-prime de 4000 € promise mi-novembre par Edouard Philippe !

Ce gros raté de la prime à la casse tombe mal en pleine crise des Gilets jaunes...

Oui parce que ce fiasco, ou en tous cas ce gigantesque couac, illustre l’une des critiques principales adressée par les gilets jaunes au gouvernement : celle de lever des taxes sur l’essence et le diesel qui servent en fait à tout autre chose qu’à la transition écologique. Et puis, gilets jaunes ou pas, des dizaines de milliers d’automobilistes sont en colère. Ils avaient joué le jeu, mis à la casse leur veille voiture et se retrouvent avec un gros trou dans le portefeuille à la veille des vacances de Noël. Ceux-là, Macron et Philippe auront du mal à calmer leur grogne.

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