La situation est de plus en plus tendue entre Veolia et Suez. Veolia a finalement lancé une OPA sans attendre l’accord du conseil d’administration de Suez, qui la conteste donc en justice. Pour sortir de cette guerre entre les deux géants français de l’eau et des déchets, quatre députés demandent une médiation.

Hier quatre députés ont fait une proposition très intéressante. Valérie Rabault, socialiste, Bruno Bonnell, LREM, Gilles Carrez, les Républicains et Jean-Paul Mattei du Modem, suggèrent aux deux groupes d’avoir recours à un médiateur. 

C’est la seule voie pour sortir de la “bataille fratricide, à laquelle, écrivent-ils, nous assistons, impuissants depuis cinq mois”

Ils dressent même le portrait robot de ce médiateur: il ou elle doit être neutre, connaisseur des enjeux industriels, respecté par ses pairs. 

Est-ce que les députés sont légitimes pour faire une proposition de ce type ? 

Ils se sont posé la question, après tout, ce sont deux entreprises privées, on pourrait laisser la Bourse et les actionnaires les départager. Mais Veolia et Suez s’occupent du traitement de l’eau et des déchets, des missions de service public. Elles sont en contrat avec des collectivités publiques et ont pour clients la moitié des Français. Enfin l’Etat est présent à leur capital: la Caisse des dépôts et Consignations est un actionnaire majeur de Veolia, et l’Etat un actionnaire d’Engie, lui-même encore petit actionnaire de Suez. 

Les députés avaient par ailleurs créé un groupe de travail pour suivre le rapprochement des deux groupes, parti sur un mauvais pied. Ils ont procédé à beaucoup d’auditions. 

Et pour eux, c’est la “guerre d’égo” entre les patrons qui empêche de trouver une sortie convenable.

Et il y une chance que ces patrons acceptent cette médiation ? 

Vendredi dernier, Bertrand Camus, le patron de Suez, a rencontré Antoine Frérot et il lui a justement suggéré qu’une “tierce partie” les assiste dans la poursuite d’éventuelles discussions. 

Veolia n’a pas saisi la perche: Antoine Frérot a préféré passer en force en lançant lundi une OPA hostile. Mais le PDG et ses avocats savent très bien que les contraintes du droit boursier, du droit social et du droit de la concurrence, difficiles à gérer simultanément, offrent un terrain de guérilla juridique idéal à Suez et ses salariés. Alors pourquoi ne pas changer d’avis ? 

Surtout l’approche des députés n’est pas hostile au projet de Veolia. Ils considèrent qu’Antoine Frérot a une approche industrielle plus solide que le dernier montage financier proposé par  les dirigeants de Suez, prêts à se vendre à des fonds étrangers plutôt qu’à leur rival. Ils craignent qu’une guerre longue entre les deux groupes finisse par affaiblir la position de la France dans les métiers de l’environnement et du traitement de l’eau. On peut très vite se faire dépasser, on l’a vu avec les vaccins. 

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