L’affaire démarre en 2014, par une bête fuite d’eau dans la toiture d’une maison, à Toulouse. Lors des travaux, les propriétaires découvrent une magnifique toile – elle représente une scène de la bible : Judith décapitant Holopherne.

Judith et Holopherne , tableau du Caravage
Judith et Holopherne , tableau du Caravage © Getty / Galerie du Palais Barberini - Leemage

L'oeuvre est vite authentifiée comme une œuvre du célèbre peintre italien, mort en 1610.  En  2016, l’Etat français la classe Trésor national, interdisant du même coup sa vente pendant 30 mois. Cela lui laissait, en principe, le temps de se porter acquéreur du tableau pour le compte d’un grand musée national. Il ne l’a pas fait et depuis novembre dernier, l'expert Eric Turquin, en charge de la vente de la toile, a donc les mains libres.  L’œuvre est estimée à 120 millions d’euros, et il va tout faire pour faire monter les enchères.  

Eric Turquin n’en est pas à son premier coup, loin de là

C’est un spécialiste du marketing de l’art. Il avait déjà obtenu une somme record pour sa "Chasse au taureau sauvage" peinte en 1855 par Randen Saleh. L'œuvre, découverte en Bretagne, avait été exposée en Indonésie, avant d'être mise en vente à Vannes, il y a un an. Un collectionneur indonésien avait alors déboursé près de 9 millions d'euros pour acquérir cette œuvre qui était devenue, grâce à la mise en scène orchestrée par Eric Turquin, un " Trésor National " indonésien.  Il va procéder de même avec le Caravage toulousain : un road show mondial va être organisé pour présenter l’œuvre aux grands musés et amateurs fortunés. La vente pourrait intervenir au printemps prochain. 

Une triste nouvelle pour le patrimoine français

C’est malheureusement une tendance lourde. La France n’a plus les moyens de conserver ses chefs d’œuvre. Le dynamisme du marché de l’art, à l’échelle planétaire, y est pour beaucoup.  En sept ans le nombre de certificats d’exportation délivrés par l’administration a augmenté de plus de 30% tandis que les acquisitions des musées publics étaient divisées par deux. En valeur, les exportations d’œuvres d’art sont trois fois supérieures aux importations. C’est une excellente nouvelle pour notre balance commerciale. C’est plus compliqué pour le patrimoine national.

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