La compétitivité de nos agriculteurs est en chute libre et l’on a de plus en plus de de mal à exporter nos produits. C’est ce qui ressort d’un rapport publié par le Sénat fin mai, un document passé inaperçu, qui pourtant dresse un état des lieux alarmant. Que dit-il précisément ?

L'agriculture française en danger
L'agriculture française en danger © Getty / Juanma Domínguez

Ce rapport rédigé par le groupe « Agriculture et alimentation » du Sénat tire la sonnette d’alarme. Si rien n’est fait, l’agriculture française, qui a toujours été la troisième source de notre excédent commercial derrière le luxe et l’aéronautique, pourrait très vite devenir déficitaire. 

Le rapport nous dit même que, dès 2023, la France pourrait importer plus de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Un comble pour un pays qui reste, et de loin, le plus grand producteur agricole européen et qui s’est toujours enorgueilli de vendre son vin, ses produits laitiers ou sa viande bovine dans le monde entier. 

Comment en est-on arrivé là ?

C’est simple : notre agriculture est de moins en moins compétitive sur les marchés internationaux. 

La preuve : alors que la France était en 2005, le troisième exportateur mondial, elle a chuté au sixième rang, derrière l’Allemagne et les Pays-Bas notamment. 

Et pendant que nos exportations stagnent, les importations, elles, ont bondi de 87% en 20 ans. La principale raison de cette chute de notre compétitivité, c’est le coût de la main d’œuvre. Il a augmenté chez nous de 58% entre 2000 et 2017. Soit presque deux fois plus vite qu’en Allemagne. 

Si on prend l’exemple de la production de pommes : les salaires sont deux fois inférieurs en Pologne. Résultat : dans les étals, la pomme polonaise est à 70 centimes d’euros le kilo contre 1 € 80 pour la pomme française.

Justement, quelles sont les produits que l’on importe aujourd’hui le plus ?

Le plus incroyable est que les agriculteurs français se font tailler des croupières sur des produits phares comme le beurre ou les fromages dont les importations ont doublé en 15 ans. Et, je parlais de la pomme, mais, globalement, près d’un fruit et légume sur deux consommés en France est désormais importé. Idem pour un tiers de la consommation de volailles. Et la proportion grimpe même à 70% pour les poulets servis dans la restauration collective. Autre exemple : 25% de notre consommation de porc est importé, notamment d’Espagne pour les jambons bio.

On trouve donc dans nos assiettes de plus en plus de produits importés. C’est grave pour nos agriculteurs… mais pour les consommateurs, qu’est-ce que ça change ? 

Eh bien à l’heure où chacun se préoccupe de l’avenir de la planète, manger des produits qui viennent de loin, ce n’est pas top. 

Tout aussi grave, et même plus inquiétant dans l’immédiat, le rapport du Sénat signale que, pour les produits importés des autres pays de l’Union, 17% des viandes, 13% des volailles et 21% du lait ne respectent pas les normes en vigueur en France. Au total, tenez-vous bien entre 10 et 25% de l’ensemble des produits importés de l’UE ou de pays tiers risquent de porter atteinte à la santé des consommateurs.  Pire, et c’est écrit noir sur blanc dans le rapport, comme les contrôles sont insuffisants, ces chiffres sont très probablement sous-estimés. 

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