A l’appel de l’intersyndicale, les salariés du groupe Lapeyre vont manifester aujourd’hui devant le Tribunal de Commerce de Paris, qui doit homologuer la vente de cette société au fonds d’investissement allemand Mutares. Que redoutent-ils ?

Les syndicats de Lapeyre redoutent la disparition, le dépeçage de leur groupe créé dans les années 30 et propriété de Saint-Gobain depuis 1996. Il emploie 3400 personnes dans 10 usines de menuiserie et 126 magasins. 

Lapeyre va un peu mieux depuis quelques mois. Il profite de la passion des Français pour le bricolage, mais c’est une embellie récente. Depuis 2012, le groupe est dans le rouge. Il perd 20 millions d’euros par an. 

Pierre-André de Chalendar va quitter la direction de Saint-Gobain le 1er juillet et il veut l’avoir vendu avant de passer la main à Benoît Bazin. Pour lui, le métier de Saint-Gobain c’est la conception de matériaux et la vente aux professionnels. Pas la distribution aux particuliers, où il est loin d’avoir le savoir-faire de Leroy Merlin. 

Mutares a ce savoir-faire,  lui ? 

Pas vraiment. Ses incursions dans le secteur de la distribution n’ont pas été probantes. Il avait repris Pixmania, qui vendait de l’électronique en ligne et ça s’est mal terminé. 

Autre critique,  ce fonds allemand - qui semble avoir mieux réussi ses restructurations industrielles - a recruté Marc Tenart pour “retourner” Lapeyre. Or ce quinqua a été  brièvement patron de Conforama, vendu à But, et plus longtemps celui de Castorama et Brico Dépôt. A ce poste, il a perdu des parts de marché. Et il n’a jamais redressé une entreprise en difficulté. 

Pourquoi Saint-Gobain a-t-il choisi ce fonds alors ? 

Le groupe a fait des enchères inversées, en quelque sorte. Il a mis en vente Lapeyre et il l’a cédé au repreneur qui promettait le moins de casse sociale et surtout qui lui demandait le moins d’argent. Dans son plan, Mutares prévoit la suppression de 714 emplois. C’est moins que l’autre candidat à la reprise, le groupe algérien, Cevital, dont le projet a pourtant la préférence de l’intersyndicale. Et Mutares n’a demandé à Saint-Gobain que 243 millions d’euros. Les autres demandaient plus. 

Alors bien sûr ce que craignent les syndicats, c’est que Mutares ne s’intéresse qu’à ce chèque, démantèle le groupe et garde ce qui reste en caisse. 

Saint-Gobain assure que ce n’est pas possible: après la vente, l’argent sera placé dans une fiducie, une sorte de société coffre-fort, qui ne pourra servir qu’à Lapeyre. Mutares doit aussi lui apporter 20 millions. Et la fiducie sera verrouillée jusqu’à fin 2024. 

Vendredi, Mutares a aussi promis qu’aucun site ne serait fermé en 2022. On voit que le fonds veut rassurer l’Etat et les juges qui doivent homologuer la vente. Mais ça ne rassure absolument pas les syndicats car dans son plan initial, Mutares devait fermer quatre usines et 19 magasins. 

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