Cinq semaines après le coup d’Etat militaire, les manifestations se poursuivent en Birmanie et sont durement réprimées. Les entreprises internationales pourraient-elles faire plus pour soutenir la population et la démocratie ?

L'industrie textile représente 450 000 emplois en 2015. Ici : une usine de vêtements à Myanmar en 2015
L'industrie textile représente 450 000 emplois en 2015. Ici : une usine de vêtements à Myanmar en 2015 © Getty / picture alliance

C’est un sujet délicat. Spontanément, on a envie de répondre “oui, il faut que les multinationales boycottent le régime”. Mais évidemment c’est plus compliqué que ça. 

Il faudrait pouvoir distinguer entre deux catégories d’entreprises. C

elles qui travaillent avec des sociétés proches des militaires qui viennent de faire le coup d’Etat. La liste a été publiée par l’ONG Justice for Myanmar. Elles doivent arrêter. Et ça commence : Kirin, le géant japonais de la bière, a mis fin à ses relations avec ses deux brasseries locales, renonçant à 6% de son bénéfice. 

Et puis, il y a les autres, et notamment les marques qui se fournissent en vêtements. 

L’industrie textile s’est développée rapidement dans le pays ces dernières années et représente 450 000 emplois. 

Les ONG ne demandent qu’elles boycottent la Birmanie pas son boycott, dès lors que les bonnes pratiques (pas de travail forcé, pas de travail des enfants, protection des droits d’expression des salariés, notamment face à la junte) sont respectées.  Au contraire. 

Comment ça s’explique ? 

Comme le rappelle Nayla Ajaltouni, qui anime le collectif Ethique sur l’étiquette, ou Françoise Nicolas, chercheuse à l’Ifri, les entreprises du textile, les H&M, Mango, ou les Nestlé, L’Oréal, apportent beaucoup d’emplois, dans un pays très pauvre, et cela compte aussi pour la démocratie. 

Si elles partent, elles risquent d'être immédiatement remplacées par des entreprises chinoises, moins scrupuleuses sur les conditions de travail. Vous noterez d’ailleurs que l’Europe, qui accorde un régime préférentiel aux importations en provenance du Myanmar - pas de droits de douane- ne l’a pas remis en cause. 

Pour l’instant, seul le groupe suédois H&M a annoncé qu’il ne passerait plus de commandes au Myanmar. Mais comme les chaînes de production sont actuellement très perturbées, son raisonnement est plus économique qu’éthique. Ethique sur l’étiquette note d’ailleurs que H&M n’a pas cessé ses approvisionnements au Xinjiang malgré le travail forcé des Ouïghours. 

Deux groupes français Total et Accor sont présents en Birmanie. Quelle est leur situation ? 

Accor a neuf hôtels et sept en développement, avec un partenaire local. Celui-ci est-il lié à la junte ou pas ? Accor se retranche derrière la presse locale qui signale que son partenaire aurait été interrogé par la junte à trois reprises depuis le coup d’Etat, à cause de sa proximité avec Aung San Suu Kyi. A éclaircir donc. 

Quant à Total, il exploite un gisement de gaz et verse donc bien de l’argent à des entités proches de l’armée. Il le reconnaît. Mais son gaz fournit la moitié de l’électricité de la ville de Rangoun. Alors faut-il arrêter ? Le groupe dit réfléchir. Et s’alignera sur ce que décideront les Etats, en matière de sanctions. Or pour l’instant, ils ne décident pas grand chose…