La France a promis de rendre aux pays africains leur patrimoine artistique et les premières opérations de restitution s’organisent.

Statues du Dahomey, royaume africain qui a précédé le Bénin
Statues du Dahomey, royaume africain qui a précédé le Bénin © Getty / Sabine Glaubitz/picture alliance

Tout commence en novembre 2017, au Burkina Faso. Dans l’amphithéâtre de l’université de Ouagadougou, Emmanuel Macron annonce que les conditions seront réunies dans les cinq ans pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain. Dans la foulée, un rapport un confié à deux experts, l’économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne Bénédicte Savoy. Il a été remis au Président, à la fin de l’année dernière. Et il préconise le retour définitif et sans condition des biens spoliés durant la période coloniale à tous les pays d’Afrique subsaharienne qui en feraient la demande. 

Les choses se sont accélérées, ces derniers mois : à la demande du Bénin, Emmanuel Macron a demandé de restituer sans tarder 26 œuvres – des statues, des trônes, des portes – dérobées par des militaires français en 1892, aujourd’hui exposées au musée du Quai Branly. La Côte d’Ivoire et le Sénégal ont également fait des demandes officielles de restitution.

Mais les choses sont apparemment plus compliquées qu’elles n’y paraissent

Juste après la parution du rapport, les yeux se sont tournés vers le Musée des Arts primaires du Quai Branly : il détient à lui seul les trois quarts des pièces présentes dans les collections françaises. Son président, Stéphane Martin, affirmait que seul un nombre limité d’œuvres étaient concernées. Mais il n’en est rien. Car au-delà des prises de guerres, le rapport préconise de rendre aussi les objets acquis lors de missions d’exploration ou données par les agents de l’administration coloniale. Selon ses auteurs, mêmes si ces pièces ont été achetées, il faut les rendre, s’il n’existe aucun témoignage explicite du plein consentement du vendeur. Pas simple : l’immense majorité des collections françaises est composée d’objets achetés.

Au-delà de cette polémique se pose la question de l’accueil des œuvres dans les pays auxquels elles seraient rendues

« Le Mali a un bon musée, le Sénégal possède celui des Civilisations noires, et c’est à peu près tout ». Voilà ce que dit l’historienne de l’art Marie-Cécile Zinsou, directrice de la fondation Zinsou à Cotonou, au Bénin. Le marchand d’art tribal Bernard Dulon enfonce le clou. Selon lui, pour que les Africains aient accès à leur patrimoine, il faudrait que leurs gouvernements commencent par leur construire des musées dignes de ce nom. Cette nouvelle page d’histoire entre la France et l’Afrique s’annonce bien difficile à écrire.

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