Carlos Ghosn a été mis en examen hier par le parquet de Tokyo. Si on met de côté ses déboires judiciaires, faut-il regretter ses compétences de capitaine d’industrie ?

Carlos Ghosn
Carlos Ghosn © Getty / Akio Kon/Bloomberg

« C’est un immense chef d’entreprise qui a fait de Renault-Nissan le leader mondial de l’automobile ». Ce n’est pas moi qui le dis, mais Thierry Breton, PDG d’Atos, qui l’affirmait à cette antenne le 21 novembre.  Et c’est vrai qu’en 2017, l’Alliance franco-japonaise est devenue le premier constructeur, avec plus de 10 millions de véhicules vendus dans le monde. Mais on pourra objecter qu’elle a décroché cette place d’abord en rachetant d’autres entreprises – Nissan bien sûr, mais aussi Dacia, Samsung Motors, Lada ou Mitsubishi.

Carlos Ghosn restera comme celui qui a sauvé Nissan de la faillite…

Oui, même si pour cela, il a taillé dans les effectifs et pressuré les fournisseurs. Le redressement est spectaculaire : Nissan aujourd’hui, c’est presque deux fois le chiffre d’affaires de Renault. Le Samouraï Ghosn a aussi réussi l’intégration des deux constructeurs : leurs véhicules partagent de plus en plus de composants et sont parfois assemblés dans les mêmes usines.

Concernant Renault, le bilan est beaucoup plus mitigé

Si on regarde seulement les ventes de la marque Renault – c’est ce qu’a fait l’économiste Franck Aggeri – on s’aperçoit qu’elles ont peu augmenté depuis le milieu des années 2000 et que la part de marché de la marque au losange régresse en Europe. Et puis Renault a massivement délocalisé sa production : 1 million 300 000 véhicules étaient produits en France en 2004. Un chiffre qui est tombé à 860 000 l’année dernière. Tandis que le nombre de salariés employés par le constructeur fondait de 40 %. PSA a fait lui aussi le choix de délocaliser et ça explique une partie du déficit commercial français. Certains diront que c’est la faute du coût du travail, qui serait trop élevé en France… Comment expliquer alors que Toyota développe sa production à Valenciennes ?

En pariant sur le véhicule électrique, Carlos Ghosn ne s’est-il pas montré visionnaire ?

C’est son grand pari : un investissement de 4 milliards d’euros décidé dès 2008, même s’il a été soutenu à coups de subventions publiques. Résultat, Renault domine le marché du véhicule électrique en Europe. Mais ce marché reste minuscule : la Zoé représente seulement 2 % de ses ventes. Est-ce que ce pari sera payant à terme ? Pas sûr. Pour sortir par le haut du scandale du dieselgate, Volkswagen vient de décider de mettre le paquet en investissant 30 milliards dans l’électrique dans les 4 ans qui viennent. Si Renault veut rester dans la course, il va devoir changer de braquet.

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