Lors des récessions économiques, les inégalités augmentent de fait. Le chômage touche davantage la communauté afro-américaine aux Etats-Unis. Les femmes sont les premières victimes dans les pays les plus pauvres. Les jeunes en début de carrière paient un lourd tribut en France. Comment l'éviter ?

Devant Pole emploi
Devant Pole emploi © AFP / Romain Lafabregue

D’après les économistes, les récessions seraient racistes, sexistes et anti jeunes. C’est vite résumé, mais c’est assez juste. Le premier point est surtout préoccupant aux Etats-Unis. En France, on en parle peu, sans doute pas assez, car on n’a pas de données, les statistiques ethniques, sont interdites.

Aux Etats-Unis, en revanche, c’est très documenté. Un article publié par le media en ligne Vox en fait la synthèse. Regardons d’abord le passé. Pendant la “Grande Dépression”, celle de la crise de 1929, le taux de chômage était de 24% globalement, mais de 50% dans la communauté noire. Pendant la “Grande Récession”, celle qui a suivi la crise financière de 2008, le chômage était de 9% globalement, mais de 16% pour les afro-américains. 

Malheureusement, selon l’économiste de New York (CUNY) Michelle Holder,  l’histoire se répète. En analysant les données de chômage d’avril, la première vague massive liée au Covid, elle estime qu’il y a cette fois encore, quatre points de chômage de plus dans la communauté afro-américaine

Les retournements économiques pénalisent aussi plus les femmes ? 

Si on regarde le cas spécifique et récent de la France, pas forcément. Lors de la dernière récession, après la crise financière, c’est l’emploi industriel, plutôt masculin qui a souffert. Mais cette fois, les services et le commerce, notamment celui de l’habillement, sont les plus fragilisés. Les dépôts de bilan des groupes André et Orchestra l’ont montré. L'emploi féminin risque donc d’être plus touché.

L’impact sur les femmes est surtout très inquiétant dans les pays les plus pauvres, comme le rappelle sans relâche l’ONG Oxfam:  9 femmes sur 10 y ont un emploi informel, donc aucune couverture sociale. Les secteurs très féminins, comme la culture et l’exportation de fleurs au Kenya, le textile au Cambodge, ont tout de suite été touchés par le contre coup du Covid. 

Pourquoi les jeunes seraient-ils plus exposés ? 

Tout simplement, parce qu’on ne fait pas la même carrière lorsqu’on  arrive dans un marché du travail en crise ou dans un marché en croissance. Une étude du Cereq - le Centre d’étude et de recherche sur les qualifications-  le montre. Elle compare le parcours de jeunes sortis du système scolaire avant la crise de 2008 et après la crise. Les premiers connaissent des progressions de salaire rapides au cours des sept premières années ( 40%), les seconds beaucoup moins, à peine 20%, y compris les plus diplômés. 

Les ministres Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud sont donc très inquiets. Ils ne veulent pas voir le chômage des jeunes s’envoler, comme après 2008. Or ils sont très nombreux dans l’hôtellerie-restauration et le commerce. 

Alors plutôt que de bloquer la reprise du travail chez Renault ou d’insulter la CFDT avec des tracts outrageants, avant de s’excuser, on espère que la CGT fera des propositions  pragmatiques sur ces risques de discrimination. Ce serait beaucoup plus productif.  

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