Thomas Piketty a adapté son livre “Le capital au XXIe siècle” au cinéma, avec le documentariste néo zélandais Justin Pemberton, Il sort dans une cinquantaine de salles le 18 mars. C’est un tour de force d’avoir réussi à transposer les mille pages du best seller de Piketty en film d’une heure quarante minutes.

L'économiste Thomas Piketty
L'économiste Thomas Piketty © Copyright Diaphana Distribution

Et ça fonctionne plutôt bien. 

Pour mesurer l’évolution historique des inégalités, l’économiste a utilisé dans le livre un procédé très intéressant : il a plongé dans la littérature. On voit très bien comment la richesse se transmet dans les familles chez Balzac ou Jane Austen ou les effets de la crise dans Les Raisins de la colère, de Steinbeck

Justin Pemberton a remplacé les livres par des extraits de films. C’est encore plus frappant, quitte à donner une image un peu caricaturale du capitalisme. On en oublierait que ces trente dernières années, il a divisé par deux la mortalité infantile et la pauvreté absolue dans le monde. 

Qu’apprend-on de nouveau sur les mécanismes du capital dans le film ? 

Il y a une séquence formidable. Thomas Piketty n'est pas le seul à réfléchir sur les inégalités de patrimoine. D’autres universitaires essaient de comprendre comment les inégalités se reproduisent et affectent les comportements. 

C’est la spécialité d’un chercheur en psychologie de l’Université de Berkeley, en Californie. Il s’appelle Paul Piff. Dans le film, on le voit organiser des parties de Monopoly avec des centaines de joueurs pour observer leur comportement. 

La partie est truquée dès le départ, et tout le monde le sait, puisqu’on tire au sort des joueurs avantagés et ceux qui ne le sont pas. Aux premiers, on donne 2000 dollars et deux dés, aux autres, 1000 dollars et un seul dé. Le dé ça compte car quand vous en avez deux vous passez plus souvent par la case départ, où vous recevez 200 dollars. 

Les joueurs avantagés gagnent, mais ils oublient complètement que c’est grâce au tirage au sort

Quand on leur demande pourquoi ils ont gagné, aucun n’évoque le hasard. Ils sont convaincus qu’ils sont meilleurs, ils adoptent une attitude dominante et ils mangent tous les bretzels que Paul Piff a placé au milieu de la table ! 

A contrario, les joueurs désavantagés par le sort, qui perdent donc, se tassent sur eux-mêmes et perdent confiance. 

Conclusion de Paul Piff :  plus on est riche, plus on est persuadé qu’ ”on le vaut bien”. Le fameux slogan de L’Oréal... Et moins on a d’empathie envers les autres. Il suffit d’être un peu plus riche que son voisin pour être dans cette posture. On finit par comprendre pourquoi l’impôt sur les successions soit aussi impopulaire, toutes classes confondues. 

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