Un rapport de la Commission des finances du Sénat sur le budget pour 2021 contient un graphique très étonnant : cette année, l'Etat emprunte plus sur les marchés qu'il ne collecte d'impôts. Ce sont donc les marchés financiers plus que les contribuables qui financent les salaires des fonctionnaires...

Les marchés financiers financeraient plus l'Etat que les impôts.
Les marchés financiers financeraient plus l'Etat que les impôts. © Getty / Yuichiro Chino

Ce sont Les Echos qui ont repéré ce graphique très instructif. Une courbe représente les recettes fiscales, les impôts donc. L’autre, les emprunts que l’Etat va faire cette année sur les marchés financiers. 

Pour la première fois cette année, les courbes se croisent. Ce qui signifie que pour financer ses dépenses, l’Etat crée plus de dette qu’il ne prélève d’impôts. Ce sont donc les marchés financiers, plus que les contribuables, qui paient les salaires des fonctionnaires, le fonds de solidarité ou les rénovations de bâtiments publics. 

L’Etat collecte 250 milliards d’euros d’impôts et emprunte 260 milliards. En 2008, les impôts étaient déjà de l’ordre de 250 milliards, mais on n’empruntait  “que” de 128 milliards. 

Et c’est dangereux, ce croisement des courbes ?

C’est très surprenant, mais finalement pas tant que cela. Ce serait dangereux si ça faisait exploser les intérêts que la France paie sur ses emprunts. Or c’est exactement l’inverse qui se passe. Comme la Banque centrale européenne achète toute la dette, les taux ne montent pas. L’an prochain, ils seront à zéro, selon le rapport du Sénat. 

Et la charge de la dette devrait être stable jusqu’en 2025, confirme le FMI. Le rapporteur du budget, le sénateur LR de Meurthe-et-Moselle, Jean-François Husson, se montre donc tout à fait rassurant. 

Pour lui : "l’héritage budgétaire de la crise sanitaire ne paraît pas de nature à créer un effet 'boule de neige' problématique [pour la dette] ce qui laissera du temps pour retrouver des marges de manœuvre budgétaire en sortie de crise". Pas besoin d’augmenter les impôts ou de baisser les dépenses avant 2022.

Donc finalement tout cela, cette dette qui s’envole et dépasse le montant des impôts, ce n’est pas si grave ? 

Tant que tous les pays s’endettent pour faire face à la pandémie, non, ce n’est pas grave. 

La plupart des économistes estiment que l’on peut faire en Europe comme au Japon : vivre avec une dette très supérieure à notre production annuelle, notre PIB. 

Ce qui ne veut pas dire que la situation soit sans danger. Le risque se matérialisera lorsque certaines économies recommenceront à fonctionner sans perfusion des Etats.

Il faudra alors faire face à deux questions : nos entreprises tiennent-elles la route face à la concurrence ? Et les marchés financiers - c’est-à-dire les épargnants du monde entier - nous feront-ils encore crédit lorsque les banques centrales arrêteront d'acheter la dette des Etats ? Evidemment les deux questions sont liées. Et elles obsèdent Bruno Le Maire autant que la pandémie. 

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