Tous les Allemands connaissent l’expression “schwarze Null”, mais pas nous. Qu’est-ce qu’elle veut dire ?

Littéralement, c'est le "zéro noir", mais on peut traduire “schwarze Null” par “zéro ou plus””. Cela s’applique au budget de l’Etat qui doit avoir un déficit zéro, “Null”, ou être en excédent, dans le vert, en allemand on dit “être dans le noir” (“schwarz"). 

Cette règle de l’excédent obligatoire a été édictée après la crise, en 2009, par l’ancien ministre des finances, Wolfgang Schäuble, qui préside maintenant le Parlement. Il est de droite, de la CDU, comme la chancelière Merkel. Il a atteint le zéro déficit en 2014.  Ça l’a  rendu plutôt populaire.  

Son successeur, Olaf Scholz, vient de la gauche, du parti social démocrate. On aurait pu penser qu’il serait moins à cheval sur ce “schwarze Null” et lâche les cordons de la Bourse pour investir et relancer la croissance. Mais pas du tout. Comme il rêve d’être un jour chancelier, il ne veut surtout pas être épinglé comme Monsieur Déficit

Pourquoi autant de rigueur alors que le pays est peu endetté ? 

Tout simplement parce que l’Allemagne vieillit. Ses habitants veulent des comptes bien tenus. C’est d’ailleurs une règle constitutionnelle. Les fourmis ne veulent pas que leur argent soit dilapidé contrairement aux cigales du sud, que sont, à leurs yeux, la France et l’Italie… 

Mais Berlin a un problème. Les indicateurs avancés de l’OCDE, publiés avant-hier, montrent que la croissance de la France et de l’Italie est stable -faible, certes, mais stable- , tandis que celle de l’Allemagne fléchit, au bord de la récession.  

L’économie change: moins d’exportations vers la Chine, plus de préoccupations environnementales. Et les trois moteurs allemands -l’automobile diesel, la chimie et les machines outils- sont en panne, et peut-être pour longtemps. 

Ce dogme du “Zéro noir” va donc peut-être bouger ? 

Il y a une forte pression en ce sens. Joe Kaeser, le patron du groupe Siemens, le demande au nom du patronat allemand. Il explique que les taux d’intérêt sont si bas que l’Etat doit en profiter pour faire des investissements dans les infrastructures (autoroutes, chemin de fer…). Les Verts aussi: ils souhaitent accélérer la transition écologique. 

Emmanuel Macron et Giuseppe Conte, le premier ministre italien, rappellent aussi à Angela Merkel la logique européenne: ceux qui ont un excédent doivent tirer la relance, pas ceux qui sont encore en déficit. 

Mais Olaf Scholz hésite. Il veut bien investir “beaucoup, beaucoup de milliards”, mais sans déficit. A ce rythme là, dans dix ans, il n’y aura plus de dette du tout en Allemagne. Et l’épargne allemande servira à financer les déficits américains de Donald Trump plutôt que l’avenir européen. Dommage. 

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