Le groupe PSA a annoncé la semaine dernière que la règle serait désormais le télétravail pour les salariés qui ne sont pas sur les sites de production. Ils ne viendront plus au bureau qu’un jour ou un jour et demi par semaine. Voilà une entreprise qui s’adapte vite… Attention aux effets de mode.

Parents et enfants travaillent
Parents et enfants travaillent © Getty / Justin Paget

Sans doute un peu trop. Le DRH du groupe, Xavier Chéreau, a présenté sa décision en faisant une conférence sur LinkedIn, le plus grand réseau social professionnel. Tout le monde peut la regarder. C’est en anglais, mais parlé par un Français - on arrive à suivre… 

Vous apprendrez que télétravail se dit “remote”, comme la télécommande. Et que grâce à lui, d’un coup de baguette magique, l’entreprise va gagner en efficacité, en agilité, améliorer son empreinte carbone. 

Il est beaucoup question d'accélération, d’arrêter de perdre du temps en réunions inutiles… Tant pis pour la convivialité ou la réflexion sur le “monde d’après”. 

Il y a un problème de méthode

Le DRH ne cesse de répéter que ce nouveau mode de travail sera co-construit avec les partenaires sociaux, alors qu’il a déjà donné le point d’arrivée : 80 000 employés sur 200 000 sont concernés. Et ne semblent pas avoir le choix

Il dit aussi vouloir prolonger le télétravail actuel. Or ce que nous avons fait et que nous continuons à faire, ce n’est pas vraiment du télétravail. C’est plutôt un transfert forcé du bureau vers la maison. Nous avons peut-être été particulièrement efficaces, mais n’oubliez pas que les boutiques, cinéma, théâtre, parcs et cafés étaient fermés… 

Le télétravail présente, c’est vrai, beaucoup d’avantages. Mais pas pour tout le monde. L’INED (l’Institut national d’études démographiques) l’a rappelé hier : un ménage sur 10 vit dans un logement surpeuplé. Les jeunes sont à l’étroit. Et 39% des femmes partagent leur espace de travail avec leurs enfants contre 24% “seulement” des hommes. 

Pourquoi cette décision en faveur du télétravail, alors ? 

Je crois que c’est surtout une décision de directeur de l'immobilier… Car c’est l’autre casquette du DRH de PSA. Le télétravail, c’est donc aussi moins de mètres carrés et moins de coûts. Une obsession chez PSA. 

Mais cette histoire d’entreprise sans bureaux est aussi une affaire de mode. Elle m’en rappelle une autre, qui s’est plutôt mal terminée. Celle des entreprises sans usines. On disait “fabless” au début des années 2000. C’est Serge Tchuruk, le patron d’Alcatel, qui en était le chantre. On sait ce qu’il est advenu : depuis, Alcatel a disparu et ce dédain pour l’usine a été très mauvais pour l’industrie française. 

On s’en mord les doigts quand il y a des pénuries de masques, de respirateurs ou de médicaments. Alors gardons la souplesse du télétravail, mais méfions-nous de l’entreprise sans bureau. Sinon pourquoi pas un jour l’entreprise sans salarié, tous free lance, tous intérimaires, tous délocalisables ? 

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