Plusieurs candidats démocrates à la présidentielle américaine veulent taxer la fortune des plus riches pour réduire les inégalités. Mais ces projets d’impôt font peur même aux milliardaires philanthropes ou démocrates…

Bill Gates
Bill Gates © Getty / Michael Cohen

Très peur, même ! C’est la panique. Ils trouvent que Bernie Sanders et Elizabeth Warren poussent le bouchon trop loin, conseillés par Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, deux économistes français, proches de Thomas Piketty. Elizabeth Warren compte en effet sur cet impôt sur la fortune à l’américaine pour financer le système de santé. Bill Gates, le fondateur de Microsoft, a donc fait part de son inquiétude, dans une vidéo qui fait le buzz. Il rappelle qu’il paie déjà plus de taxes que quiconque : 10 milliards de dollars, dit-il (c’est presqu’autant d’euros), qu’il serait prêt à en payer 20, mais pas 100… Car c’est le montant de sa fortune ! Il se demande si Mme Warren aurait l’esprit assez ouvert pour en parler avec lui. Elle a évidemment dit banco.

Est-ce que cette taxe le ruinerait, abolirait la propriété comme le promet Thomas Piketty ? En réalité, pas du tout. On parle de 2% par an au-delà de 50 millions de dollars et de 3% au-delà du milliard. Pour le rassurer, Elizabeth Warren a mis en ligne une "calculette pour milliardaires”. Avec un petit onglet “Si vous êtes Bill Gates, cliquez ici”. On clique et l’on voit qu’il paierait 6,4 milliards de dollars d’impôt sur la fortune. La calculette précise : “Bonne nouvelle ! Vous êtes encore extraordinairement riche”.

La Brookings Institution, le grand think tank démocrate, a publié ce qu’aurait coûté cette taxe aux milliardaires si elle avait été instaurée dès 1982. Bill Gates aurait encore 36 milliards à son actif. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, aurait 87 milliards (au lieu de 160 milliards). Et Michael Bloomberg 24 milliards (au lieu de 52 milliards). Mais rien n’y fait. Cette taxe les irrite. Le démocrate Michael Bloomberg, qui a été maire de New York, se prépare donc à se lancer dans la course à l’investiture démocrate pour contrer ces “gauchistes”. 

Michael Bloomberg a tout de même 77 ans. Il n’est pas très charismatique, mais c’est un entrepreneur hors pair. Et il n’aura aucun problème, vous l’imaginez, pour financer sa campagne. Mais c’est aussi là où le bât blesse. La facilité avec laquelle il peut décider de rentrer en campagne pour défendre les intérêts de sa classe apporte une preuve éclatante que les super milliardaires peuvent entraver le fonctionnement du capitalisme pour protéger leur rente, et surtout kidnapper la démocratie.

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