De plus en plus de voix s’élèvent pour que les pays riches n’oublient pas les pays pauvres dans la lutte contre la pandémie. Hier, le Pape François a réclamé une annulation de leur dettes. La réunion des ministres des finances du G20, en marge de celle du FMI et de la Banque mondiale, en fin de semaine, sera décisive.

Le bâtiment du FMI à Washington, Etats-Unis
Le bâtiment du FMI à Washington, Etats-Unis © AFP / Daniel SLIM

L’enjeu est énorme, mais hélas, assez invisible médiatiquement. Pour une raison simple : plus les pays sont pauvres, moins on a de statistiques sur les morts du coronavirus. Ils ne sont pas diagnostiqués, on ne les voit donc pas dans les tristes records mondiaux, au risque de les oublier. 

Ce qu’on oublie aussi, c’est qu’avoir un système de sécurité sociale et d’assurance chômage est un immense privilège. Dans le monde, seulement une personne sur cinq sans emploi bénéficie d’allocations chômage. 

Et deux milliards de personnes travaillent dans le secteur informel, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas déclarées et n’ont droit à aucune indemnité maladie. Dans les pays pauvres, l’emploi informel, c’est 90% des travailleurs. Il va être difficile de leur demander de rester confinés. 

Il faut donc apporter une aide massive à ces pays

C’est d’autant plus urgent qu’à chaque crise, les investisseurs internationaux retirent leur argent des pays émergent, qu’ils jugent trop risqués, et ils l’ont fait cette fois à une vitesse jamais vue : trois fois plus vite qu’au moment de la crise de 2008.  

Dès le 25 mars, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ont donc demandé aux pays du G20 de suspendre le paiement des dettes des pays les moins avancés. Ils ont reçu le soutien vendredi derniers des économistes, juristes, banquiers, anciens ministres qui participent aux recherches de la Chaire de Sciences Po consacrée à la dette souveraine. 

L’ONG Oxfam va aussi vigoureusement dans ce sens. Et donne des exemples: en annulant le remboursement de la dette du Ghana en 2020, on lui permettrait de dégager 20 dollars par mois pour chacun des 16 millions d’enfants, de personnes handicapées et âgées pendant six mois.

La France peut-elle jouer un rôle dans ce processus ? 

Actuellement le G7 est présidé par les Etats-Unis et le G20 par l’Arabie Saoudite. La France n’est donc pas en première ligne, en théorie. Mais en pratique elle est un apporteur d’idées important. 

Surtout, elle préside le Club de Paris, l’instance qui réunit depuis 1956 les Etats créanciers des pays les plus endettées. C’est une femme, la directrice du Trésor, Odile-Renaud Basso, qui le pilote. Elle veut absolument que la Chine prenne part à un éventuel accord de suspension des paiements, pendant six mois. Les discussions avancent bien.

Les assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale ainsi qu’une réunion des ministres des finances du G20, qui se tiennent en fin de semaine,  seront l’occasion de finaliser et d’annoncer un accord. On croise les doigts.  

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