Pour la première fois l’an passé, il s’est moins vendu de champagne en France qu’à l’étranger.

Si les Français restent champions du monde en termes de consommation de champagne, ils en boivent de moins en moins. La baisse est continue depuis le début de la décennie. Elle s’est même accélérée l’an passé:  moins 4,2%, à 147 millions de bouteilles, contre 185 millions en 2010. Dans les faits, les professionnels du secteur le savent depuis longtemps: l’évolution des ventes de ce vin de fête est corrélée au moral des consommateurs. Et en France, il n’a pas été au beau fixe l’an passé, surtout à l’approche de Noël, quand s’effectue la plus grande part des ventes. Le mouvement des Gilets jaunes n’a pas dopé le marché, et il n’est pas certains que le Grand débat inverse la tendance. Ce recul continu démontre aussi qu’il ne sert à rien de casser les prix, comme le font depuis des années les chaînes d’hypermarché en proposant des bouteilles à moins de 10 euros. En matière de champagne, le prix bas ne crée pas le désir !  

La chute des ventes en Francen'est plus compensée par une hausse des exportations 

C’était souvent le cas depuis 2010, mais pas l’an passé: les ventes mondiales ont baissé d’1,8%, à 302 millions de bouteilles et les exportations n’ont augmenté que de 0,6%, à 155 millions de bouteille, c’est à dire plus qu’en France.  A l’étranger aussi, on observe un lien entre le moral des consommateurs et l’évolution des ventes. En Europe, où la croissance économique est faible, les exportations de champagne sont en berne, en particulier en Angleterre, peut-être parce que le Brexit ne donne pas envie de trinquer dans la City. En revanche, les exportations hors d’Europe, où l’économie est plus florissante, augmentent. Nous n’avons pas encore tous les chiffres par pays, mais il y a fort à parier que les ventes en Chine, au Japon, en Australie et aux Etats-Unis ont continué de pétiller. Les Champenois doivent donc se réjouir de la bonne tenue générale du marché mondial, qui reste à son niveau record en chiffre d’affaires, 4,9 milliards d’euros. 

On vend toujours presque autant de bouteilles, et de plus en plus cher

Cette montée en gamme bénéficie aux vignerons: les prix du raisin et de du vignoble atteignent des records: jusqu’à 7 euros le kilo, et plus d’un million l’hectare de vigne. Mais certains s’inquiètent des conséquences du bouleversement de la répartition des ventes mondiales de Champagne. Seules les grandes maisons, capables d’exporter loin de France des bouteilles haut de gamme, en profitent. La situation est plus délicate pour les petits négociants, les coopératives et les vignerons habitués à vendre en direct quelques milliers de bouteilles. Rien n’est dramatique, mais en France, on aime crier avant d’avoir mal: certains craignent une rupture de l’équilibre historique entre les acteurs de la filière et, à terme, une baisse du prix du raisin sous la pression de négociants devenus tout-puissants. L’économie de la Champagne serait donc le reflet de l’économie mondiale: à plusieurs vitesses, avec ses gagnants et ses perdants. 

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