C’est une petite révolution : un Think Tank proche de Matignon propose de légaliser le cannabis et de créer un monopole public pour sa production et sa distribution…

C’est une proposition très sérieuse du Conseil d’analyse économique, la structure est dirigée par un proche d’Emmanuel Macron et rassemble des économistes de haut vol. Ils défendent la légalisation du cannabis. Et ils prévoyaient de publier, hier, leur rapport. Mais, au dernier moment, les auteurs ont réalisé que cela tombait au même moment que le discours de politique générale d’Edouard Philippe. La publication a donc été reportée d’une semaine, mais à Challenges, on vous en dévoile dès aujourd’hui les meilleurs morceaux. Nos économistes partent d’un constat d’échec bien connu : la France est l’un des pays les plus répressifs – ce coûte plus de 900 millions par an à la collectivité. Et pourtant, elle fait figure de championne européenne en matière de consommation. Les auteurs plaident pour une gestion étatique centralisée, comme en Uruguay ou au Québec, plutôt qu’un marché privé régulé, comme dans certains Etats américains.

Concrètement, comment cela pourrait fonctionner ?

L’Etat distribuerait des licences à des producteurs agréés et à des boutiques spécialisées qui ne vendraient que du cannabis. Il y aurait une autorité administrative indépendante qui serait chargée de réguler le marché. Mais aussi de veiller à ce que la production soit assez importante et de bonne qualité. Elle devra aussi s’assurer que les prix soient assez attractifs pour détourner la clientèle du marché noir et affaiblir les organisations criminelles. Actuellement, le gramme de cannabis se négocie autour de 11 euros, pour un coût de production de seulement 1 euro. Nos économistes recommandent un prix de 9 euros TTC. Tout le monde s’y retrouverait. Et la bonne nouvelle, c’est que le cannabis c’est bon pour l’économie, comme le prouve l’exemple américain. En France, il pourrait créer jusqu’à 80 000 emplois et générer plus de 2 milliards de recettes fiscales.

Et qu’en pensent Matignon et l’Elysée ?

Pas question d’une dépénalisation complète pour le moment. Emmanuel Macron se montre plutôt frileux sur le sujet. Et côté police, ça coince. On redoute que les réseaux criminels concentrent leurs moyens sur d’autres drogues comme la cocaïne. En revanche le gouvernement s’est dit ouvert à une expérimentation du cannabis thérapeutique. Il a aussi fait des gestes en faveur de la dépénalisation de l’usage récréatif. A présent des économistes très sérieux lui donnent des arguments en faveur de la légalisation. Reste un paramètre essentiel : le calcul politique.

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