Le 72e Festival de Cannes s’ouvre demain soir dans un contexte, semble-t-il, plutôt positif pour le cinéma français. L’année 2019 démarre très fort avec les succès du dernier film de Guillaume Canet, mais aussi de "Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu" ou "Le Chant du loup". Et pourtant… Le cinéma français va mal.

Le cinéma français va mal
Le cinéma français va mal © Getty / Gen Sadakane / EyeEm

C’est le grand paradoxe.

Côté face, vous avez un nombre record d’entrées en salles - plus de 200 millions l’an dernier (malgré la Coupe du monde de foot !) et une part de marché au plus haut pour les films français : ils représentent 40% des titres à l’affiche – c’est deux fois plus que partout ailleurs en Europe où les blockbusters américains trustent 80% des écrans. 

Côté pile, c’est moins reluisant avec une production française dans la tourmente et des professionnels au bord de la crise de nerf

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans le cinéma français ?

Tous les producteurs indépendants vous le diront, le cinéma français traverse une passe très difficile. 

En dehors de grosses comédies - Les Tuche, la Ch’tite famille, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu…- et des films de grands réalisateurs – Audiard, Ozon.. -  rares sont les films qui trouvent leur public et arrivent à gagner de l’argent. 

C’est d’autant plus compliqué que le cinéma est de plus en plus dépendant de grands groupes – Gaumont-Pathé, UCG…- qui ne veulent pas prendre de risques excessifs. Or, ils font la loi puisqu’ils sont à la fois producteurs, distributeurs et exploitants des grands réseaux de salles. 

Au nom de l’exception culturelle, on continue en France à soutenir le cinéma indépendant, le cinéma d’auteurs…

Bien sûr, entre les aides publiques, les crédits d’impôts et l’obligation faite aux chaînes de télé de soutenir la création française, c’est un secteur sous perfusion. Mais quand vous devez subventionner près de 250 films par an, vous faites forcément du saupoudrage. 

Le producteur Alain Attal, qui a fait, Les Petits mouchoirs, Polisse ou le Chant du loup, le dit clairement : entre 15 et 25 films qui sortent chaque semaine, c’est trop. 

Plus grave, le grand argentier du cinéma, Canal + est en crise et on parle de supprimer la pub à France Télévision, qui coproduit aujourd’hui 60 films par an. Il faut ajouter à tout ça le piratage et l’irruption dans le paysage des plateformes mondiales de streaming, comme Netflix

Alors bien sûr, le cinéma français est capable de miracles comme The Artist, Intouchables ou le Grand bain. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. 

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