On parle d’une nouvelle forme d’aide aux entreprises, l’apport en fonds propres, notamment dans le secteur du tourisme. En quoi est-ce différent d’un prêt garanti par l’Etat, qui existe déjà ?

Comment y voir clair dans les aides de l'Etat ?
Comment y voir clair dans les aides de l'Etat ? © Getty / Andriy Onufriyenko

Cette piste des fonds propres a été évoquée hier par le gouverneur de la Banque de France, qui répondait à Lea Salamé, et la Banque des Territoires, filiale de la Caisse des Dépôts, veut les utiliser pour soutenir les entreprises du tourisme

Les fonds propres, qu’est-ce que c’est ?

C’est le capital de l’entreprise, l’argent que lui apportent ses actionnaires.  Cet argent, l’entreprise n’a pas à le rembourser et n’a pas à payer d’intérêt dessus. Jamais. Elle peut en disposer autant qu’elle veut, sans échéance. Bien sûr, ce n’est pas de l’argent sans contrainte. Les actionnaires espèrent toucher des dividendes ou revendre leurs parts à d’autres investisseurs avec une plus-value, qui rémunérera le risque qu’ils ont pris. 

S’il faut rémunérer cet argent, en quoi est-ce vraiment mieux qu’un prêt garantie par l’Etat  à taux d’intérêt faible ou nul ? 

C’est vrai qu’en vous faisant un prêt garanti, ni votre banquier ni l’Etat n’ont leur mot à dire sur votre stratégie et surtout, ils ne deviennent pas actionnaires, donc l’entrepreneur ne partage pas son pouvoir avec eux. 

Mais le prêt, tôt ou tard, il faut le rembourser. Dès que le Covid sera passé et que l’entreprise ira mieux, au lieu d’investir comme elle avait prévu de le faire avant le virus, l’entreprise devra commencer à rembourser. Or pas d’investissement, pas de croissance. 

Le capital, lui, ne se rembourse pas. Donc, dès que la situation s’éclaircit, l’entreprise peut recommencer à investir pour se développer ou pour réorienter son activité si le Covid l’oblige à changer de modèle. Dès qu’elle ira mieux, l’actionnaire qui lui a apporté des capitaux n’aura plus qu’à revendre ses parts pour retrouver son argent avec plus-value. 

Mais si l’Etat apporte des fonds propres à une entreprise, c’est une forme de nationalisation, non ? 

Eh oui. Mais libre à chaque entreprise de trouver un autre investisseur que l’Etat. Et puis ce ne sera pas forcément l’Etat en personne. L’idée n’est pas de mettre un fonctionnaire de Bercy derrière chaque dirigeant d’entreprise. 

L’investisseur pourrait être la Banque des Territoires, la Caisse des dépôts ou la Banque Publique d’investissement. Mais aussi des municipalités - la Ville de Paris y réfléchit-,  ou des régions

Le banquier Jean Peyrelevade pousse, lui, à la création de Fonds d’investissement citoyens. Les Français ont accumulé 60 milliards d’euros d’épargne pendant le confinement. S’ils n’ont pas envie de consommer, mais souhaitent soutenir l’artisanat et les entreprises locales, pourquoi ne le feraient-ils pas à partir de tels fonds ? L’appel aux idées est ouvert.
 

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