Hier le groupe québécois Alimentation Couche Tard a annoncé qu’il envisageait sérieusement de faire une offre pour acheter Carrefour. Une offre amicale, c’est-à-dire avec l’accord de Carrefour. Il a pris tout le monde de court… L'Etat met le holà sur les acquisitions de groupes français par des sociétés étrangères.

Oui ce groupe est quasi inconnu en France. Sa spécialité c’est ce que les Québécois appellent les “dépanneurs”, c’est-à-dire les petits magasins qui dépannent, notamment à côté des stations services, stations services que Couche Tard possède aussi.

Il est surtout présent au Canada et aux Etats-Unis. Mais ces dernières années, il s’est développé en Europe du Nord. Toujours par acquisition, en achetant notamment des stations aux pétroliers. 

Son activité est bien plus rentable que celle de Carrefour. Il vaut donc deux fois plus cher en Bourse avec deux fois moins de chiffre d’affaires. Et comme il veut être moins dépendant des pompes à essence, il est prêt à mettre 16 milliards d’euros sur la table pour racheter Carrefour, une prime d’au moins 25%. Il a aussi promis d’investir 3 milliards d’euros dans le groupe. 

Le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, regarde la proposition  mais Bruno Le Maire, le ministre des finances, a mis le holà

Oui, il estime que Carrefour est un acteur clef de la souveraineté alimentaire en France. Il a donc dit qu’il n’était “a priori” pas favorable à ce rachat. Il a même menacé de bloquer l’opération en activant le décret sur le contrôle des investissements étrangers, qui a été renforcé par la loi Pacte. 

Cette volonté de défendre les positions françaises n’est pas nouvelle. Bruno Le Maire avait déjà dit stop lorsque Renault avait commencé à discuter avec l’italien Fiat. Il s’est finalement marié avec PSA. Et en 2017, Edouard Philippe avait dit: les “shampoings et les yaourts” ne sont pas stratégiques mais “ceux qui les produisent, si”. lls pensaient bien sûr à L’Oréal et Danone.

Et Bruno Le Maire a réagi très vite, sans même avoir rencontré les Canadiens. Cela cache peut-être une autre crainte. 

Laquelle ? 

Il se trouve que les entreprises européennes sont moins bien valorisées en Bourse que les entreprises nord-américaines ou chinoises. Il y a plusieurs raisons à cela. 

Les Américains placent leur épargne retraite en actions, nous plutôt en assurance-vie, sans risque. Leurs entreprises sont plus profitables. Enfin la transformation numérique vient des Etats-Unis. Elle a donné les Gafa. L’Europe est à la traîne.

Les Bourses européennes apparaissent donc comme “un marché de cibles”, me disait hier Emmanuel Cau, le responsable de la stratégie actions chez Barclays. 

Bruno Le Maire essaie de mettre une barrière pour protéger les plus faibles. Peut-elle tenir ? On verra. Car il ne faut pas oublier que le Français Alstom a racheté le canadien Bombardier, qu’hier le groupe Atos a annoncé la reprise du spécialiste canadien de cybersécurité In Fidem. Alors jusqu’où pouvons-nous nous barricader ?