Un an après avoir autorisé Washington à imposer des droits de douane sur les avions Airbus, l’Organisation mondiale du commerce vient aussi d’autoriser l’Europe à taxer les avions américains et d’autres produits… Peut-être la dernière étape d'un conflit commercial qui dure depuis 2004.

En 1970, alors que Boeing dominait le marché mondial, l’Europe a lancé le projet Airbus. Il fallait rattraper le retard et créer sur le vieux continent une industrie aéronautique compétitive. 

Depuis chaque Etat aide son champion et ça n'a jamais cessé. Airbus a, par exemple, obtenu des prêts à taux bas, les avances remboursables . Boeing des crédits d’impôt. 

Les deux concurrents se reprochent donc mutuellement d’avoir bénéficié d’un soutien public qui fausse la concurrence. Ils ont tous les deux porté ce différend devant l’Organisation mondiale du Commerce, l’OMC, basée à Genève, en 2004. 

Hier elle les a renvoyé dos à dos. 

Il y a un an, elle avait donné raison à Boeing et autorisé les Américains à taxer des produits européens en représailles à hauteur de 7 milliards et demi de dollars. Des droits de douane non négligeables: 15% (au lieu de 10%) sur les Airbus ou 25% sur les vins français, l’huile d’olive espagnole, le parmesan etc… 

Hier, l’OMC a autorisé l’Europe à instaurer à son tour 4 milliards de dollars de droits de douane sur des produits américains. C’est moins que les 7,5 milliards obtenus par Washington contre Airbus, mais beaucoup plus que ce que le département américain du commerce anticipait. 

Les avions Boeing seront évidemment concernés (à hauteur de 15%) par ces droits, mais d’autres biens seront touchés. Bruxelles a pensé au ketchup, aux agrumes de Floride, au poisson surgelé et aux patates douces.... 

En réalité, la Commission espère ne pas avoir à mettre ces taxes en œuvre. Elle préférerait se mettre autour d’une table avec les Etats-Unis pour trouver un accord qui annulerait les sanctions et permettrait d’avoir un commerce transatlantique plus fluide. 

Et c’est possible ? 

Airbus assure s’être mis en conformité avec les reproches qui lui ont été faits. Boeing aussi. Et les Américains disent être prêts à “intensifier” les discussions. 

Aujourd’hui, personne n’est en position de force. On menace de taxer les produits alimentaires américains mais on n’en importe pas tant que ça, par rapport à ce qu’on exporte, côté français en tout cas. 

Boeing de son côté gère toujours les problèmes de son 737 Max en plus de la crise. Presque 400 commandes annulées. Et Ryanair, un de ses bons clients, a déjà prévenu qu’il ne paierait pas plus cher ses avions. 

Ce serait donc un bon moment pour se mettre d’accord. Si le calendrier politique américain le permet. 

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