La sortie de confinement soulève une question lancinante : sacrifie-t-on une priorité sanitaire à une exigence économique ? Y a-t-il un arbitrage pour que la pandémie ne ralentisse pas trop à l’activité ?

Que disent les économistes du déconfinement ?
Que disent les économistes du déconfinement ? © Getty / Andriy Onufriyenko

Ce serait faire un mauvais procès à Emmanuel Macron et au gouvernement que de dire que cette décision est motivée par des raisons économiques. 

Depuis le début de la pandémie, l’activité est placée en coma artificiel “quoi qu’il en coûte” et je n’ai jamais entendu le ministre des finances, Bruno Le Maire, plaider pour une reprise plus rapide.  

Il y a eu un petit cafouillage au début du confinement, quand la ministre du Travail a voulu pousser les entreprises et artisans du BTP à retourner très vite sur les chantiers, par peur du coût du chômage partiel, mais ça n’a pas duré longtemps. 

Les économistes très inquiets par le freinage de l’activité

Bien sûr qu’ils sont inquiets. Ils ont mis du temps à encaisser le choc sanitaire et le confinement et à imaginer comment les intégrer dans les modèles qu’ils utilisent pour faire des prévisions ou des évaluations. Ils ne sont toujours pas au point, donc ils ne pèsent pas beaucoup sur les décisions. 

Un des premiers économistes à réagir a été l’Américain, prix Nobel, Paul Romer. Il a montré très tôt l’urgence de faire des tests, même imparfaits. Aujourd’hui, vous êtes confiné parce que votre commerce a été fermé ou parce que vous pouvez télétravailler, mais pas parce que vous êtes contagieux. C’est aléatoire en quelque sorte. 

A contrario, si votre métier l’exige, vous pouvez circuler en étant contagieux. Des tests moyennement fiables seraient plus efficaces que de confiner au hasard. Pour Paul Romer, c’est la priorité. 

Mais plus tôt on déconfine, mieux c’est pour l’économie, non ? 

Eh bien non. C’est ce que montre un autre modèle, conçu par l’économiste Thomas Philippon. Il mêle données économiques et données épidémiologiques. Il montre que tant que les hôpitaux sont saturés, le coût économique pèse peu face au coût sanitaire car celui-ci se développe de façon exponentielle, inacceptable. 

Au passage, on apprend que dans ces modèles, la vie a un prix. C’est 5 millions d’euros en moyenne (1) dans celui de Thomas Philippon. Ce prix varie selon l’âge et la nationalité : il mesure la capacité à produire que l’économie perd en perdant une vie. Plus la richesse produite (le PIB) par habitant est élevé, plus la vie vaut cher. 

Dans le modèle Philippon, l’allègement des contraintes de confinement dépend surtout de la capacité d’accueil des hôpitaux. De contraintes sanitaires, donc, plus qu’économiques. 

(1) L'économiste précise qu'en France, on retient en général un chiffre de 3 millions d'euros (estimation retenue par france Stratégie) et aux Etats-Unis, entre 4 et 10 millions de dollars (estimation retenue dans les modèles américains). Cette mention a été ajoutée suite à une précision de l'économiste. 

Lien vers le modèle des économistes Thomas Philippon, Callum Jones, et Venky Venkateswaram https://callumjones.github.io/files/covid.pdf

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