Le Conseil général de l’Organisation mondiale du Commerce, l’OMC, se réunit aujourd’hui pour désigner son directeur général, un poste vacant depuis six mois. Et c’est une femme qui devrait prendre la tête de l’organisation genevoise.

Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances du Nigeria et première représentante d’un pays africain à diriger l’Organisation mondiale du commerce
Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances du Nigeria et première représentante d’un pays africain à diriger l’Organisation mondiale du commerce © AFP / Fabrice COFFRINI

Elle s’appelle Ngozi Okonjo-Iweala. Elle a 66 ans, et, vous en vous doutez, un CV de “ouf". D’ailleurs, elle se fait appeler Dr Ngosi. Elle a grandi au Nigéria, fille de deux profs, en sociologie et en économie, dans le delta du Niger, là où éclate la guerre du Biafra quand elle a quinze ans. Un souvenir encore douloureux. 

Elle part ensuite étudier aux Etats-Unis à Harvard et au MIT, où elle obtient deux doctorats en économie et développement. Elle entre alors à la Banque Mondiale à Washington, jusqu’à ce qu’on la rappelle au Nigéria deux fois pour devenir ministre des finances, en 2003 et en 2011. 

Elle réussira très bien la renégociation de la dette du Nigéria avec les pays riches. Elle s’attaque aussi à la corruption. Le succès de son opération mains propres est mitigé, même si elle a pris de gros risques. Elle est surnommée “Okonjo Wahala”- “Okonjo l’enquiquineuse” et sa mère sera kidnappée par des ravisseurs qui veulent sa démission. Heureusement, cette femme de 82 ans a réussi à s’échapper !  

Quelle famille ! Et elle sera la première femme à présider l’OMC ? 

Oui depuis sa création en 1995, cette institution, qui régule le commerce international, n’a eu que des hommes à sa tête, dont le français Pascal Lamy. 

Cette fois,  les deux dernières candidates en lice étaient des femmes, mais la ministre coréenne du commerce s’est désistée quand Joe Biden a fait comprendre qu’il soutiendrait la Nigériane. Le Dr Ngozi sera donc élue à l’unanimité comme le veut la règle. 

Cela devrait faciliter son action… 

Ce n’est pas sûr du tout. Car sa nomination est le seul sujet qui ne divise pas l’OMC. Pour le reste, ses 159 membres ne sont à peu près d’accord sur rien. 

Les tensions protectionnistes sont de plus en plus marquées. L’organisme de règlement des différends, sorte de cour d’appel des litiges, est paralysé. Il y a vingt ans qu’aucun nouvel accord commercial n’a été signé. On ne sait pas comment intégrer les préoccupations climatiques dans les échanges. Enfin, l’OMC qui a été créée pour réduire les inégalités en facilitant le commerce est face à un constat d’échec. 

Ngozi Okonjo va devoir tout redéfinir et imposer ses priorités. Elle a présidé pendant cinq ans, le Gavi, l’alliance pour la vaccination en Afrique. Les labos et les pays riches pourraient donc entendre parler de l’OMC en cette période de Covid. Et elle sait communiquer: elle était membre du conseil d’administration de Twitter.