Le Conseil d’analyse économique, un organisme rattaché au Premier ministre, a regardé commune par commune celles qui ont été les plus touchées par le mouvement des gilets jaunes.

Supérette d'un village dans le Finistère
Supérette d'un village dans le Finistère © Getty / Diana Mayfield

On pourrait résumer les conclusions en une phrase : “Touche pas à ma supérette”. Dans les communes où la dernière épicerie a fermé dans les trois ou quatre dernières années, les gilets jaunes se sont mobilisés plus qu’ailleurs. C’est net dans l’étude du CAE.

Et au fond, ce n’est pas étonnant. 

La supérette est souvent le dernier des commerces des bourgs

Quand elle ferme, c’est que la boulangerie, la boucherie, et parfois même le café ont déjà tiré le rideau. Les fermetures de cinéma, de librairie-papeterie, du lycée, du cabinet médical et surtout le départ du gynécologue ont aussi beaucoup joué dans les villes un peu plus grandes.

Le vide qu’ils laissent a un impact direct sur le "bien-être subjectif" des habitants, nous dit l’économiste Claudia Senik. Cela fait aussi monter l’abstention aux élections.

Peut-on quantifier ce bien-être ?

Oui : pour compenser l’effet de la perte d’une supérette, il faudrait augmenter le niveau de vie des habitants de 2 150 euros par an, une sorte de treizième mois donc ! Mais c’est purement théorique.

Ce que recommandent donc les économistes, c’est de donner plus de marge de manœuvre aux maires et de se méfier des solutions toutes faites, inventées dans les ministères, comme les maisons de service public. Ce n’est pas elles qui remplaceront la supérette.

Autre solution toute faite et inutile : les zones franches fiscales, notamment les zones de revitalisation rurale. Elles ne font que déplacer l’activité, sans en créer. Alors gardons l’argent (300 millions tout de même) pour le mettre à la disposition des maires.

Que recommande le CAE aux maires ?

A eux de voir justement, de juger ce qui est le plus utile : embaucher un médecin, subventionner le loyer d’une épicerie, etc. D’ailleurs, beaucoup le font déjà, avec peu de moyens.

En 2019, par exemple, des maires ont commencé à s’organiser pour installer des distributeurs automatiques de billets, devenus trop rares dans les bourgs. Ils se passent des banques et signent un contrat directement avec Brink’s ou Loomis, les deux grandes sociétés de transports de fonds. Bien sûr, le coût est élevé : entre 10 000 et 100 000 euros selon les travaux, mais ce sont les transporteurs de fonds qui l’avancent, la commune paie ensuite une mensualité.

Millery, une ville de 4 300 habitants dans le Rhône, vient ainsi de retrouver un DAB. Cela faisait huit ans qu’elle n’en avait plus. C’est bon pour le moral et pour le commerce.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.