C’est un précédent important. L’assureur français Axa suspend sa relation commerciale avec le producteur d’électricité allemand RWE. Il ne l’assurera plus car il utilise trop de charbon. Les banques coupent aussi les crédits à ce secteur.

Axa boycotte un producteur de charbon. Ici la centrale près de Bergheim.
Axa boycotte un producteur de charbon. Ici la centrale près de Bergheim. © Getty / Oliver Berg/picture alliance

Axa ne s’en est pas vanté, l’assureur a même refusé de confirmer l’information obtenue par l’agence Bloomberg au motif qu’il ne fait pas de commentaire sur ses clients. Mais la compagnie applique fermement sa nouvelle politique-maison. 

Axa a en effet décidé en 2017 de cesser d’assurer les entreprises qui produisent plus de 20 millions de tonnes de charbon par an. Or RWE en extrait trois fois plus. C’est le premier émetteur de CO2 en Europe. Axa lui a laissé deux ans de “période de grâce" avant que le couperet tombe.  

L’assureur français cessera aussi d’assurer RWE pour ses activités dans les énergies renouvelables. Il renonce à des millions d’euros de primes d’assurance.  Vous savez peut-être que Thomas Buberl, le directeur général d’Axa, est allemand. Le patron de RWE Rolf Martin Schmitz, son compatriote, l’a donc appelé pour plaider sa cause, mais rien n’y a fait. 

Pourtant RWE a pris des engagements pour améliorer son empreinte carbone

Oui, le producteur d’électricité s’engage à devenir une société carbone-neutre d’ici à 2040. Il a même fait valider sa trajectoire par les experts de l’Initiative Science Based Targets, une ONG qui regarde si les entreprises respectent l’accord de Paris et s’engagent à limiter le réchauffement climatique. 

Visiblement ça n’a pas convaincu Axa. Et l’étau va se resserrer sur RWE. L’énergéticien ne peut pas se tourner vers Allianz, le grand assureur allemand. Lui aussi a défini des critères restrictifs qui excluent RWE. Idem pour l’assureur suisse Zurich… 

Les primes, pour les activités liées au charbon, auraient déjà augmenté de 40%. 

Les banques aussi bannissent le charbon de leur portefeuille de crédit

Oui la plupart d’entre elles ont durci leur politique de prêts à ce secteur. Le Crédit mutuel par exemple a coupé les relations avec 700 entreprises, qui pèse 90% du secteur du charbon et vise une sortie totale d’ici à 2030. 

Les banques qui ne font rien sont sous pression. L’ONG britannique ShareAction s’est par exemple alliée avec  quinze investisseurs, dont Amundi, la filiale du Crédit agricole, et la Banque Postale Asset Management, qui gère les Sicav de la Poste. Ensemble ils ont exigé de la banque britannique HSBC qu’elle révise sa politique de prêts. 

Actuellement, HSBC est le deuxième plus gros financeur d’énergies fossiles au monde, derrière Barclays. Lors de son assemblée générale de mai, elle s’engagera à ne plus financer la production d’électricité à partir de charbon d’ici à 2030 en Europe et dans l’OCDE et d’ici à 2040 dans le reste du monde. Une bonne nouvelle. Mais après le charbon, il restera à s’attaquer au pétrole, au gaz et à leurs utilisateurs.